Saint Ezéquiel Moreno Diaz († 1906)

Saint Ezequiel Moreno Diaz

Saint Ezequiel Moreno Diaz


Il est fêté le 1er novembre.

Ézéchiel Moreno y Díaz, né à Alfaro le 9 avril 1848 et mort le 19 août 1906 à Monteagudo (Navarre), est un religieux espagnol, membre de l'ordre des récollets frères mineurs, vénéré comme saint par l'Église catholique romaine.
Fils de Felix Moreno et Maria Josefa Diaz, Ézéchiel Moreno entre dans l'ordre des récollets frères mineurs le 21 septembre 1864 àMonteagudo (Navarre), où il devient prieur du monastère.
Il est ordonné à Manille (Philippines) le 3 juin 1871, et devient un missionnaire reconnu.
Il devient vicaire apostolique de Casanare, puis évêque de Pinaar (Colombie) le 23 octobre 1893.
Le 2 décembre 1893 il devient évêque de Pasto (Colombie).
Il meurt d'un cancer le 19 août 1906. Il était reconnu pour sa générosité et sa charité par ses paroissiens.
En 1992 il est canonisé par le pape Jean-Paul II.

Implication dans la politique colombienne

Comme la majorité des responsables du clergé colombien, Ézéchiel Moreno adhère aux idée du gouvernement conservateur de l'époque. Durant la guerre des Mille Jours il fustige, dans ses écrits et ses prédications, le Parti libéral colombien et enjoint les catholiques de « défendre leur religion avec desRemingtons et des machettes », promettant l'absolution automatique.

Saint Ezéchiel MORENO Y DIAZ se présente à nous avant tout comme un modèle d'évangélisation dont le désir irrésistible d'annoncer le Christ a guidé chaque pas de la vie" (Jean Paul II). Né en 1848 à Alfaro (La Rioja), en Espagne, il entre à 16 ans chez les Augustins récollets, à Monteagudo, dans la province de Navarre. En 1869, il est envoyé aux Philippines, où les Récollets ont une importante mission. Ordonné prêtre à Manille en 1871, il rejoint l'île de Mindoro, où se trouve déjà son frère aîné, religieux de la même congrégation. Puis il est aumônier militaire d'une expédition menée contre les pirates dans l'île de Palawan, avant de revenir à Manille comme prédicateur. En 1885, c'est le retour en Espagne. On le nomme directeur du collège-noviciat de Monteagudo avant de l'envoyer, trois ans plus tard, redonner vie à la province de son ordre qui périclite en Colombie. Il réussit si bien qu'on lui confie le nouveau vicariat apostolique de Casanare. Puis, en 1895, il est nommé évêque de Pasto, le plus vaste diocèse du pays. Homme de foi et de prière intense, il déploie un zèle infatigable pour prêcher, soutenir la vie spirituelle de ses collaborateurs et de ses fidèles, ranimer partout la Foi dans son diocèse. Il insiste sur les sacrements, et consacre lui-même beaucoup de temps au sacrement de réconciliation. Il sait s'adapter au tempérament et aux besoins de chacun, réconforter les personnes les plus découragées. Très attentif aux malades, il est toujours prêt, de jour comme de nuit à les assister. Là où il ne peut se rendre en personne, il s'efforce d'y être présent par des publications de journaux, des lettres personnelles. A plusieurs reprises, il est amené à défendre les droits de l'Église et des personnes, notamment des plus pauvres. Il le fait avec courage, une force et une patience à toute épreuve, au risque même de sa propre vie. En 1896, il prend la défense des Equatoriens qui, victimes des persécutions religieuses, s'étaient réfugiés dans son diocèse. La même année, il doit régler le problème d'un collège dirigé par un prêtre apostat. Mgr Moreno, qui agit avec beaucoup de prudence et de fermeté, est alors confronté à l'opposition d'un autre évêque et d'un groupe de fidèles. Ce n'est que beaucoup plus tard que l'on reconnaîtra qu'il avait raison.
En 1904, il dénonce le programme dit "de concorde nationale" mais en réalité d'inspiration libérale et anticléricale, du gouvernement colombien. Il entre alors en conflit avec le président de la République colombienne, mais aussi avec le délégué apostolique, Mgr Ragonesi, acquis aux idées du gouvernement. Ayant une grande dévotion aux souffrances intérieures du Cœur de Jésus, il s'en fait le propagateur dans un ouvrage qui sera très répandu en Colombie et en Italie. Il fonde aussi en 1904 la Congrégation des Esclaves-du-Cœur-de-Jésus. En 1905, atteint d'un cancer, il retourne en Espagne, où il subit sans succès deux opérations. Il souffre beaucoup mais il est heureux de participer aux souffrances du Christ. Condamné dans sa santé, il regagne la maison de Monteagudo, où il meurt en 1906.

Source :

Fête locale le 19 août. (Source Nominis)








Dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure

Dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure


Dédicace de Sainte-Marie-Majeure, basilique romaine


La basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome est l'une des quatre basiliques majeures.

Elle est la propriété du Vatican.

C'est le plus grand monument et la plus ancienne église romaine consacrée à la Sainte Vierge.

 

Histoire

La légende raconte que la nuit du 4 au 5 août 358, la Vierge apparut en rêve au pape saint Libère, ainsi qu'à un riche romain nommé Jean.
Elle demanda d'ériger un sanctuaire à un lieu déterminé.
Au matin, constatant qu'il avait neigé en plein mois d'août, à l'endroit que la Vierge leur avait indiquée, le pape ordonna de construire la basilique Liberiana de "Santa Maria ad Nives" (« Sainte-Marie-aux-Neiges ») sur la surface enneigée en haut de la colline Esquilin.

 

Architecture

La basilique Sainte-Marie-Majeure est, avec son plan basilical aux nobles proportions, ses mosaïques, ses imposantes chapelles polychromes de la Contre-Réforme, un abrégé des grandes étapes de l'art chrétien à Rome.
La nef renferme encore des colonnes ioniques datant de ce premier sanctuaire.
L'édifice est ensuite remanié à la Renaissance par un plafond à caisson.
Puis, durant l’époque baroque sont construites les deux coupoles, ainsi que les façades occidentale et orientale.
Sa façade initiale conserve des mosaïques de Filippo Rusuti, quelque peu dissimulées par la façade ajoutée au XVIIIe siècle, avec sa loggia à trois arcades précédée d'un portique.
Elle est l'œuvre, comme le baldaquin soutenu par des colonnes de porphyre rouge, de Ferdinando Fuga, au service de Benoît XIV.
Elle abrite dans la Cappella Paolina le tombeau de Pauline Bonaparte, sœur de Napoléon.
Le campanile haut de 75 mètres remonte au Moyen Âge, il est le plus haut de Rome.
En style roman, polychrome, il fut reconstruit durant le pontificat de Grégoire XI, sur un embasement précédent. Il subit de nombreuses modifications au cours des siècles.
Au XVIe siècle, une flèche pyramidale fut ajoutée au sommet.

 

La première crèche et reliques


  • Dans cette basilique est conservée la première crèche qui ait été réalisée en pierre. On la doit au pape Nicolas IV qui en 1288passa commande à Arnolfo di Cambio d'une représentation de la Nativité. Cette tradition remonterait l'an 432 lorsque le papeSixte III (432-440) aurait créé dans la basilique originelle une "grotte de la Nativité" inspirée de celle de Bethléem, ce qui fit donner à cette église le nom de Notre-Dame ad praesepem (du latin : praesepium, "mangeoire").

  • Des pèlerins revenant de Terre Sainte en ramenèrent par ailleurs de précieux fragments du bois du Saint Berceau (en italien Sacra Culla, du latin Cunabulum), qui sont encore aujourd'hui conservés dans un reliquaire doré.

  • La basilique renfermerait les reliques de Saint Jérôme.
Source

NOTRE-DAME des NEIGES
(366)

Dédicace de Sainte-Marie-Majeure, basilique romaine

Sous le pontificat du Pape Libère, il y avait à Rome un patricien du nom de Jean, marié à une dame de haute naissance.
Ils n'avaient pas d'enfant.
Déjà bien avancés en âge, ils résolurent, à défaut d'héritiers, de léguer tous leurs biens à la très Sainte Vierge.
Ils prièrent avec une ferveur nouvelle, multiplièrent leurs jeûnes et leurs bonnes œuvres, dans le but d'apprendre de la Reine du Ciel Elle-même comment Elle voulait que leur fortune fût employée.
Le 5 août 366, Elle leur apparut en songe séparément et leur dit que la Volonté de Son divin Fils et la Sienne était que leurs biens fussent employés à la construction d'une église sur le mont Exquilin, au lieu qu'ils trouveraient, le matin, couvert de neige.
Les deux saints époux, à leur réveil, se communiquèrent leurs révélations, furent remplis de joie en voyant qu'elles se confirmaient l'une l'autre, et allèrent aussitôt trouver le Pape pour l'informer de ce que Dieu leur avait fait connaître.
Libère, qui avait eu un songe semblable, ne douta point que ce fût un prodige céleste.
Il fit assembler le clergé et le peuple et marcha en procession vers le lieu indiqué, pour constater la réalité de cette merveille.
Le patricien Jean et sa femme suivirent le cortège, et, quand la procession fut arrivée sur la colline, on aperçut un emplacement couvert de neige, sur une étendue de terrain suffisante pour bâtir une vaste église.
L'édifice fut bâti aux frais des deux époux, avec une grande magnificence, et on lui donna le nom de Sainte-Marie-des-Neiges, à cause du miracle qui en signala l'origine ; ensuite on la nomma basilique de Libère, en souvenir du Pape sous le pontificat duquel elle fut commencée ; plus tard, elle reçut le nom de Sainte-Marie-de-la-Crèche, parce que les restes précieux de la crèche qui avait servi de berceau au Sauveur du monde y furent apportés de Bethléem et s'y conservent encore dans une châsse d'argent.
Aujourd'hui l'église de Sainte-Marie-des-Neiges porte le nom de Sainte-Marie-Majeure, parce qu'elle est, tant par sa beauté que par son antiquité, la première des nombreuses églises dédiées, à Rome, sous l'invocation de Marie.
Après la basilique incomparable de Saint-Pierre et celle de Latran, la plus vénérable de toutes par son ancienneté, Sainte-Marie-Majeure est une des plus splendides églises de Rome.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.
En savoir plus :






Abbé Pierre

Abbé Pierre

Abbé Pierre


Henri Grouès, dit l’abbé Pierre, né le 5 août 1912 à Lyon et mort le 22 janvier 2007 à Paris, est un prêtre catholique français de l'Ordre des Frères mineurs capucinsrésistant, puis député, fondateur du Mouvement Emmaüs (organisation laïque de lutte contre l'exclusion) comprenant la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés et de nombreuses autres associations, fondations et entreprises de l'économie sociale, en France et partout dans le monde.

 

Biographie

L'abbé Pierre avant Emmaüs

Henri Grouès est né à Lyon (IVe) dans une famille bourgeoise aisée et pieuse de négociants en soie lyonnais, originaire, du côté paternel, du hameau de Fouillouse à Saint-Paul-sur-Ubaye, et de Tarare dans le Rhône du côté maternel.
Il est le cinquième de huit enfants.
Il a été baptisé à l'église Saint-Eucher, dans le 4e arrondissement de Lyon.
Il passe son enfance à Irigny, une commune au Sud-Ouest de Lyon.
À 12 ans, il accompagne son père à la confrérie séculaire des Hospitaliers veilleurs, où les bourgeois se font coiffeurs barbiers pour les pauvres.
Élève à l'internat Saint-Joseph (actuel lycée Saint-Marc), il fit partie des scouts de France, dans lesquels il fut totémisé « Castor Méditatif ».
En 1928 à 16 ans, après un « coup de foudre avec Dieu » selon ses propres mots, il veut entrer dans les ordres franciscains, cependant il devra attendre d'avoir 17 ans et demi.

 

Entrée dans les ordres

En 1931, il fait profession chez les capucins où il prononce ses vœux.
Il renonce cette année-là à sa part du patrimoine familial, et donne tout ce qu’il possède à des œuvres caritatives.
En religion, Henri Grouès devient frère Philippe.
En 1932, il entre au cloître, au couvent de Crest où il passe sept années d’austérité religieuse.
Le samedi 18 décembre 1937, il est ordonné diacre par monseigneur Camille Picévêque de Valence (Drôme) dans la chapelle du Grand Séminaire, 75 rue Montplaisir, qui abrite aujourd’hui le lycée privé catholique Montplaisir.
Il est ordonné prêtre le 24 août 1938 en la chapelle du lycée Saint-Marc.
En avril 1939, il est nommé vicaire à la basilique Saint-Joseph de Grenoble.

 

Seconde Guerre mondiale

Il est mobilisé comme sous-officier dans le régiment du train des équipages, en décembre 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale.
Selon sa biographie officielle issue des archives officielles du ministère de la Défense nationale, « vicaire à la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, il recueille des enfants juifs dont les familles ont été arrêtées lors des rafles des Juifs étrangers en zone Sud, en août 1942 ».
En novembre 1943 il fait passer en Suisse le plus jeune frère du général de GaulleJacques, ainsi que son épouse qu’il confie au réseau de l’abbé Marius Jolivet, curé de Collonges-sous-Salève.
Il participe à la création de maquis dont il est un des leaders dans le massif du Vercors et le massif de la Chartreuse.
C’est à cette époque qu’il rencontre Lucie Coutaz, qui le cache sous un faux nom, et restera sa secrétaire particulière jusqu’à sa mort en 1983.
Elle est considérée comme la cofondatrice du Mouvement Emmaüs.
Il aide les réfractaires au service du travail obligatoire (STO).
Il prend le nom d’abbé Pierre dans la clandestinité.
En 1944, il est arrêté par l’armée allemande à Cambo-les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques, mais est relâché et passe en Espagne puis rejoint via Gibraltar le général de Gaulle à Alger en Algérie.
Il devient aumônier de la Marine sur le Jean Bart à Casablanca (Maroc).
Ses actions dans la résistance lui valent la Croix de guerre avec palme à la Libération.
De son expérience passée et des drames dont il a été témoin, il doit, comme bien d’autres résistants de tout bord qui l’ont côtoyé, son engagement politique pour restaurer une société digne fondée sur les droits humains fondamentaux, mais aussi sa profonde détermination à agir pour des causes qu’il croit justes, y compris parfois dans l’illégalité, et à mobiliser autour de lui pour faire changer les lois établies et les regards indifférents.

 

Carrière politique 

Après la guerre, sur les conseils de l’entourage du général de Gaulle, et l’approbation de l’archevêque de Paris, il est élu député de Meurthe-et-Moselle aux deux assemblées nationales constituantes (1945-1946), comme indépendant apparenté au Mouvement républicain populaire (MRP) de résistants démocrates-chrétiens, puis à l’Assemblée nationale de 1946 à 1951, où il siège d’abord au sein du groupe MRP.
Sa profession de foi affiche un programme proche du populisme (ni capitaliste, ni collectiviste).
En 1947, il est vice-président de la Confédération mondiale, mouvement fédéraliste universel de promotion de la mondialisation démocratique.
Avec Albert Camus et André Gide, il fonde le comité de soutien à Garry Davis, fondateur du mouvement des citoyens du monde, qui s’oppose à la remontée rapide des égoïsmes nationaux et déchire son passeport devant l’ambassade américaine.
Il se désolidarise du parti politique après « l’incident sanglant » de Brest d’avril 1950, ayant provoqué la mort de l’ouvrier Édouard Mazé.
Dans sa lettre de démission du 28 avril 1950, Pourquoi je quitte le MRP, il dénonce les positions politiques et sociales du Mouvement.
Il rejoint ensuite la Ligue de la jeune République, mouvement chrétien socialiste.
Mais, il ne se représentera plus à l’Assemblée à la fin de son mandat : sa courte carrière politique se termine en 1951 et l’abbé Pierre retourne à sa vocation première de prêtre-aumônier et s’investit, avec sa petite rente d’ex-député, dans ses actions caritatives.

 

L'abbé Pierre et Emmaüs

Fondation d’Emmaüs

Article détaillé : Mouvement Emmaüs.
Il fonde en 1949 le Mouvement Emmaüs (en référence à Emmaüs, village de Palestine apparaissant dans un épisode du dernier chapitre de l'Évangile selon Luc).
Ce mouvement est une organisation laïque de lutte contre l'exclusion, présente aujourd'hui dans 36 pays du Monde.
Il commence ainsi dès l'été 1949 par fonder la communauté Emmaüs de Neuilly-Plaisance, au 38 avenue Paul Doumer, au départ auberge de jeunesse.
La rencontre avec George, désespéré qui a perdu toute raison de vivre, et à qui l'abbé Pierre demande « Viens m'aider à aider » marque cependant le véritable acte fondateur du Mouvement Emmaüs.
Les communautés Emmaüs se financent par la vente de matériels et d’objets de récupération et construisent des logements :
 « Emmaüs, c'est un peu la brouette, les pelles et les pioches avant les bannières. Une espèce de carburant social à base de récupération d'hommes broyés. »
En 1952, il participe au jeu « Quitte ou double » sur Radio Monte Carlo pour alimenter financièrement son combat, où il gagnera 256 000 francs de l'époque.

 

Hiver 1954 : L'insurrection de la bonté

L’abbé Pierre acquiert sa notoriété à partir du très froid hiver de 1954, meurtrier pour les sans-abri.
Il lance le 1er février 1954 un appel mémorable sur les antennes de Radio-Luxembourg (future RTL), qui deviendra célèbre sous le nom d'« Appel de l'abbé Pierre ».
Le lendemain, la presse titra sur « l’insurrection de la bonté ». L’appel rapportera 500 millions de francs en dons (dont 2 millions par Charlie Chaplin qui dira à cette occasion : « Je ne les donne pas, je les rends.
Ils appartiennent au vagabond que j'ai été et que j'ai incarné. »), une somme énorme pour l’époque et complètement inattendue, des appels et courriers qui submergèrent complètement le standard téléphonique de la radio, et des dons en nature d’un volume si immense qu’il fallut des semaines pour simplement les trier, les répartir et trouver des dépôts pour les stocker convenablement un peu partout en France.
Le combat de l’abbé Pierre a aussi permis l’adoption d’une loi interdisant l’expulsion de locataires pendant la période hivernale.
Les événements de l'hiver 54 ont donné lieu en 1989 à un film de Denis Amar avec Claudia Cardinale et Lambert Wilson : Hiver 54, l'abbé Pierre.

 

Développement d'Emmaüs

L’appel de 1954 attira des bénévoles de toute la France pour aider d’abord à la redistribution, mais aussi fonder les premiers groupes se réclamant de cet appel.
Rapidement, il dut organiser cet élan inespéré de générosité, et le 23 mars 1954 il fonde, avec ces dons, l'Association Emmaüs, ayant pour objectif de regrouper l'ensemble des communautés Emmaüs.
Cependant, l'association Emmaüs perdra rapidement ce rôle de fédération des groupes Emmaüs, pour se concentrer sur la gestion des centres d'hébergement et d'accueil Emmaüs de Paris et sa région.
À l'époque, ces communautés construisent des logements pour les sans-abri, et les accueillent en leur procurant non seulement toit et couvert en situation d’urgence mais aussi un travail digne.
Nombre de compagnons d’Emmaüs seront ainsi d’anciens sans-abri, de tous âges, genres et origines sociales, sauvés de la déchéance sociale ou parfois d’une mort certaine et rétablis dans leurs droits fondamentaux, par les communautés issues de cet élan de générosité à qui ils retournent leurs remerciements par leur propre engagement caritatif.
Le Mouvement Emmaüs se développe ensuite rapidement dans le monde entier, au gré des voyages de l'abbé Pierre, principalement en France et en Amérique Latine.
En 1963, il est victime d'un naufrage dans le Río de la Plata (Argentine).
Annoncé mort pendant quelques jours, l'abbé Pierre prend alors conscience que sa mort signifierait la disparition du seul lien entre les groupes Emmaüs du monde, ce qui aurait pu mener à la disparition du mouvement.
C'est donc à la suite de cet événement que l'abbé Pierre décide de préparer la fondation d'Emmaüs International, qui verra le jour en 1971.
Ainsi, d'abord très désorganisé et très spontané, le mouvement Emmaüs se structure progressivement jusqu'à acquérir sa forme actuelle.
En 1985 est créée l'association Emmaüs France, qui regroupe alors tous les groupes Emmaüs français, alors que l'association Emmaüs se focalise sur Paris et ne joue plus son rôle initial de fédération.
Plus tard, en 1988, l'abbé Pierre crée avec son ami Raymond Étienne la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés, reconnue d'utilité publique en 1992.Cette fondation a pour objet la lutte contre le mal-logement.

 

Rôle au sein d'Emmaüs

L'abbé Pierre est, avec sa secrétaire Lucie Coutaz, à l'origine d'Emmaüs. Cependant, il n'en a jamais été un dirigeant opérationnel.
D'un caractère spontané, il est peu porté vers l'organisation. Ainsi, il préférera toujours créer de nouvelles structures, initier de nouveaux projets, que de gérer celles qui existent.
Par exemple, il marquera à plusieurs reprises son opposition à la création de l'Union centrale de communautés Emmaüs, qui en 1958 se donne pour objet de professionnaliser la gestion des communautés Emmaüs, et qui selon l'abbé Pierre voulait donner une "trop rigide définition de tout".
Cependant, l'abbé Pierre a bien conscience de la nécessité d'une telle structuration, même si elle ne correspond pas à son penchant naturel. Il encouragera ainsi la fondation d'Emmaüs International en 1971 (voir la partie "Développement d'Emmaüs")

 

Sa mort

L’abbé Pierre meurt le lundi 22 janvier 2007, tôt le matin (5 h 25 heure locale), à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, des suites d’une infection du poumon droit consécutive à une bronchite. Il était âgé de 94 ans.
Il affirmait : « J’ai passé ma vie à prier Dieu pour mourir jeune », et ajoutait : « Vous voyez, c’est raté ! ».
L'abbé Pierre faisait également régulièrement allusion à sa mort en évoquant son départ en "grandes vacances".

 

Hommages

L’ensemble de la classe politique française ne tarit d’éloges et reconnaît le travail réalisé par l’abbé Pierre, notamment le président de la République Jacques Chirac, le Premier ministre Dominique de Villepin, la candidate socialiste Ségolène Royal et le candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy.
De très nombreuses associations et fondations françaises ou internationales qui ont milité avec l’abbé Pierre dans des causes communes en faveur des plus démunis lui rendent le jour même un vibrant hommage par des communiqués officiels.
L’ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing demande que soient célébrées « des obsèques nationales » en l’honneur de l’abbé Pierre.
La présidence de la République se prononce le jour de sa mort pour savoir si un « hommage national » ou un « deuil national » (la plus haute distinction funéraire française) serait rendu.
Conformément aux souhaits de la Fondation Abbé Pierre et la famille qui semble s’opposer à la seconde option, c’est la première option qui est choisie (réservée tout de même à des personnalités telles que Jean-Paul II et le Commandant Cousteau), plus conforme au testament de l’abbé qui préférait que tout l’argent serve plutôt à la collecte au profit des œuvres de sa Fondation, à laquelle il a donné tout au long de sa vie l’ensemble de ses droits ainsi que les dons personnels faits à son nom.
Une chapelle ardente est ouverte à tous, les mercredi 24 et jeudi 25 janvier 2007, toute la journée, à l'église du Val-de-Grâce à Paris, où son cercueil simplement surmonté de sa canne et son béret est exposé aux remerciements du public ; un hommage populaire à l’abbé Pierre est organisé par le Mouvement Emmaüs le jeudi 25 janvier au Palais omnisport de Paris-Bercy, de 19 à 23 heures.
Par ailleurs, des livres d’or collectent les hommages populaires à Paris, Metz et dans plusieurs communautés Emmaüs du Sud de la France ; face aux demandes, d’autres communautés Emmaüs en France ou dans le monde recueillent aussi les hommages du public.
À Lyon, sa ville de naissance, une messe commémorative est dite par l'archevêque, le Cardinal Philippe Barbarin en la Primatiale Saint-Jean. Lors de cette messe, l'évangile est proclamé par un neveu diacre de l'abbé Pierre.

 

Obsèques

À la suite de la demande de la famille, les drapeaux français n'ont pas été mis en berne lors de l’hommage national.
Les obsèques se sont déroulées le vendredi 26 janvier à 11 heures, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Diverses personnalités de tout bords se sont jointes à la cérémonie, placées derrière Jacques Chirac, de nombreux membres du mouvement Emmaüs et la famille : Valéry Giscard d'EstaingDominique de Villepin, de nombreux ministres français, des artistes... ainsi qu’une immense foule anonyme.
Fait rare en France, le cortège funéraire a été applaudi par le public, ainsi que dans la cathédrale.
Durant la cérémonie, les représentants officiels de différentes religions étaient présents et lui ont remis symboliquement des cadeaux placés sur son cercueil, posé à même le sol.
Son cercueil a ensuite été transféré vers le village d’Esteville en Seine-Maritime, où l’abbé Pierre a résidé pendant plusieurs années, et où se trouve un centre d'accueil toujours en activité aujourd'hui et géré par l'Association Emmaüs de Paris : la Halte d'Emmaüs. Son enterrement s'est déroulé dans la plus stricte intimité.
Plusieurs personnalités politiques se prononcent déjà pour le transfert de sa tombe au Panthéon, en dépit de ce que voulait l’abbé dans son livre-testament et ses déclarations.

 

Rencontres et actions internationales

Rencontres avec les représentants de l'église catholique

L’abbé Pierre a rencontré au cours de sa vie les papes Pie XIPie XIIJean XXIII et à plusieurs reprises Jean-Paul II ; trop fatigué pour voyager il n’a pas pu rencontrer directement le nouveau pape Benoît XVI, mais il a noué des contacts épistolaires.
Bien qu’ayant souvent critiqué les positions de l’Église et tenu des propos parfois interprétés comme anticléricaux, l’abbé Pierre ne s’est jamais placé contre l’Église et tenait plus que tout à sa mission pastorale mais non prosélyte ; il respectait sa hiérarchie, à laquelle il reprochait seulement mais ouvertement d’user de trop de faste, et il a conservé sa liberté de ton et d’action ainsi que sa franchise même sur les sujets réputés dérangeants.

 

Autres rencontres et actions internationales

Refusant toute montée en responsabilité au sein de l’Église pour pouvoir se consacrer à ses missions au plus près du peuple, il a su cependant rencontrer les plus grands, et il a rencontré des membres éminents de la communauté scientifiquepolitique ou religieuse internationale notamment :
  • 1944 : le général de Gaulle à Alger en Algérie française, après son arrestation par l’armée allemande et son évasion via l’Espagne.
  • 1945 : le père Teilhard de Chardin et le philosophe Nicolas Berdiaëff, chez lui, deux hommes que l’abbé Pierre tentera vainement de concilier et de faire se comprendre l'un l'autre.
  • 1948 : Albert Einstein à l’Université de Princeton aux États-Unis, pour discuter avec lui des « trois explosions atomiques » et appeler avec lui de ses vœux à la fondation d’un mouvement international pour le désarmement et la paix dans le monde.
  • 1956 : le président tunisien Habib Bourguiba pour le convaincre de parvenir à l’indépendance de la Tunisie sans violence.
  • 1955 : le président américain Dwight David Eisenhower dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, à qui il remet un exemplaire de son livre « Les chiffonniers d’Emmaüs. »
  • Le roi du MarocMohammed V, à qui il dépêche deux missionnaires pour l'exhorter à trouver des solutions aux bidonvilles en favorisant le logement rural.
  • 1956 : de nombreuses rencontres internationales, aux Pays-BasPortugalAutricheIndeSuisseMaroc. Il rencontre le Premier ministre indien Nehru, avec Indira Gandhi, et le sage indien Vinoba Vabe pour soutenir sa marche agraire non violente.
  • 1958-1959 : conférences dans les pays scandinaves et d’Amérique du Sud. Le ministre de l’Éducation nationale du Pérou fait appel à lui pour développer l’éducation des populations pauvres. Le père Camillo Tores en Colombie lui demande conseil sur la position de l’Église colombienne qui renie l’action des prêtres ouvriers. Il rencontre l’évêque des indiens en Équateur pour lui demander de freiner la construction de lieux de cultes somptueux dans des quartiers déshérités.
  • 1959 : au Liban, il crée à Beyrouth la première communauté d’Emmaüs multiconfessionnelle, l'Oasis de l'espérance, fondée par un musulman sunnite, un archevêque chrétien melkite et un écrivain maronite.
  • 1962 : il est reçu dans l’ermitage du père Charles de Foucauld à Béni-Abbés en Algérie où il réside pendant plusieurs mois.
  • 1963 : on le presse lors de sa convalescence en Argentine, de fédérer les communautés Emmaüs du monde dans Emmaüs International, qui se réunira en 1969 à Berne en Suisse, et en 1971 à Montréal au Québec au Canada (date de création officielle de l'association Emmaüs International).
  • 1971 : il est appelé en Inde par Jayaprakam Narayan pour représenter avec la Ligue des droits de l'homme la France dans la question du règlement des réfugiésIndira Gandhi l’invite à son tour pour traiter des réfugiés bengalis. L’abbé Pierre s’engage en fondant des communautés Emmaüs au Bangladesh.
  • 1985 : il apporte son soutien au comique Coluche qui, comme lui avant, fait un appel le 26 septembre sur les ondes pour venir en aide aux affamés. Là encore la réponse publique à cette idée est inespérée, et Coluche avec le soutien des associations caritatives et de nombreuses personnalités, lance le mouvement des Restos du Cœur (Coluche offrira 1 million de francs à Emmaüs quelques mois avant sa mort en mars 1986). L’abbé qui apporte son soutien y voit la preuve que son combat lancé en 1954 peut être repris aussi efficacement par d’autres après lui, et il se convainc à nouveau de l’utilité des médias pour soutenir ses propres actions dans les communautés d’Emmaüs. Dès lors, il se fera plus visible et fera appel aux personnalités. La Fondation Abbé-Pierre bénéficiera de la loi Coluche votée après sa mort, peu après ce lancement. La mort de son ami Coluche le marquera durement lorsque l’Abbé Pierre célèbrera ses obsèques, pour reprendre ensuite son combat médiatique avec le soutien de nombreuses personnalités du spectacle et anonymes.
  • 1988 : il rencontre les représentants du Fonds monétaire international pour trouver une solution à la dette extérieure des pays du Tiers Monde.
  • 1990 : il voyage aux États-Unis et au Brésil pour accompagner la sortie du film biographique Hiver 54, l'abbé Pierre de Denis Amar avec Lambert Wilson dans son rôle et Claudia Cardinale. Film qui retrace une partie de son action et la médiatisation de son combat contre la pauvreté avec les communautés d’Emmaüs.
  • 1991 : il s’adresse directement aux présidents George H.W. Bush et Saddam Hussein, lors de la première guerre du Golfe. Il exhorte le gouvernement français à prendre des initiatives pour répartir la charge des réfugiés dans le monde, par un organisme disposant de plus de moyens que le HCR actuel des Nations unies avec le bon vouloir des nations. Il rencontre le Dalaï-Lama lors des journées inter religieuses pour la paix.
  • 1994 : L’abbé Pierre devient propriétaire de la vigne à Farinet, la plus petite vigne cadastrée du monde, créée par Jean-Louis Barrault, et dont le vin est vendu au profit d’une œuvre humanitaire. En août 1999, à l'occasion d'une visite conjointe dans la commune suisse de Saillon à proximité, l’abbé Pierre remit la vigne au Dalaï Lama, qui en est actuellement le propriétaire18,19. L'abbé Pierre souhaita revoir cette vigne avant de mourir, et un survol en hélicoptère en était prévu avec Bruno Bagnoud, patron d'Air Glaciers, mais le fondateur d'Emmaüs quitta ce monde quelques jours avant.
  • 1995 : à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), sous les bombardements de la ville assiégée depuis 3 ans par les forces serbes, il exhorte les nations du monde à intervenir d’urgence pour faire cesser les massacres.
  • 2000 : il a été parrain de l'EICD 3A à Lyon.
  • 2001 : le président Jacques Chirac lui remet les insignes de grand officier de la Légion d’honneur, avant de l’élever à la dignité de grand-croix, la plus haute distinction française, pour ses services rendus à la nation.
  • 2004 : il se rend en Algérie pour l’inauguration de maisons reconstruites par la Fondation Abbé-Pierre, après le tremblement de terre ayant frappé le pays l’année précédente.

 

Image et polémiques

Image publique

Mythe de l'abbé Pierre selon Roland Barthes

L’image du grand barbu en soutane, en grosse pèlerine et godillots que lui a un jour offerts un sapeur-pompier, forge vite son statut de « héros légendaire », de « juste » (d'après son testament évoqué par les membres du Mouvement Emmaüs, cette pèlerine emblématique reviendra au Musée des pompiers de Paris).
Après l’appel de 1954 et la sortie du film Les Chiffonniers d'Emmaüs consacré à l’abbé Pierre, Roland Barthes a analysé, en 1957, son visage « qui présente clairement tous les signes de l’apostolat : le regard bon, la coupe franciscaine, la barbe missionnaire, tout cela complété par la canadienne du prêtre-ouvrier et la canne du pèlerin.
Ainsi sont réunis les chiffres de la légende et ceux de la modernité. » Sa coupe, « équilibre neutre entre le cheveu court […] et le cheveu négligé », approche selon le sémiologue l’intemporalité de la sainteté, et l’identifie à saint François d’Assise. La barbe, celle du capucin et du missionnaire, symbolise quant à elle la pauvreté et la vocation apostolique comme pour le père de Foucauld. Son visage évoque donc à la fois la spiritualité de l’homme, le combat de son sacerdoce, et sa liberté vis-à-vis de sa hiérarchie. Pour Pierre Bourdieu, l’abbé est même un prophète, « surgissant en temps de disette, de crise », « prenant la parole avec véhémence et indignation ».
Mais Barthes se demande aussi si « la belle et touchante iconographie de l’abbé Pierre n’est pas l’alibi dont une bonne partie de la nation s’autorise, une fois de plus, pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice. »
Cette grande popularité en France ne s’est jamais démentie, les enquêtes d’opinion de la presse le plaçant pendant une dizaine d’années (un record inégalé, après avoir succédé au commandant Jacques-Yves Cousteau, à peine éclipsé durant un an par une seconde place temporaire imputée à l’affaire Garaudy) en tête des personnalités préférées des Français, comme celles du Journal du Dimanche publiées plusieurs fois par an, jusqu’à ce qu’il demande à en être retiré en début 2004. « C’est à la fois une arme et une croix », dit-il, pour laisser la place des honneurs aux plus jeunes.

 

Une image de miraculé

L'abbé Pierre a été régulièrement malade, notamment des poumons quand il était jeune. Il s’est sorti indemne de situations dangereuses :
  • Tombé dans une profonde crevasse quand il aidait des gens à s’enfuir pendant la guerre.
  • Rescapé quand l’avion dans lequel il se trouve réussit un atterrissage d’urgence, sans moteur, dans les années 1950 en Inde.
  • Et surtout, naufragé miraculé en 1963, au Rio de la Plata entre l’Argentine et l’Uruguay (voir la partie "Développement d'Emmaüs").
Tous ces accidents vont contribuer à lui forger une image de miraculé.

 

Utilisation des médias

L’abbé Pierre s’est toujours appuyé sur son image grâce aux médias, depuis son appel sur Radio-Luxembourg en 1954 jusqu’à sa présence à l’Assemblée nationale en janvier 2006, en faveur de la loi SRU sur le logement social. Selon Bernard Kouchner, fondateur de Médecins sans frontières, il est ainsi l’inventeur de la loi du tapage médiatique.
Même pendant les dernières années de sa vie, malgré la maladie et l’âge, il est descendu dans la rue pour soutenir la cause des pauvres.
Il a soutenu l’association Droit au logement (DAL). Un dernier combat qui fait encore l’actualité politique en pleine campagne présidentielle 2007, où les candidats se pressent pour défendre une future loi sur le logement opposable poussée par l’action médiatique d’associations de sans-logis, un texte qu’ils veulent maintenant nommer « loi abbé Pierre, » comme avant lui son ami Coluche à qui on a attribué la loi sur les dons aux œuvres caritatives, une autre icône populaire et médiatique et pourtant si humaine de la fin du XXe siècle restée dans le cœur des Français et que l’abbé Pierre avait soutenu avant de devoir, lui le vieil homme, lui succéder dans son combat inachevé pour les « exclus du partage. »
Enfin, la marionnette de l'abbé Pierre dans l'émission télévisée satirique Les Guignols de l'Info contribue également au façonnement de son image publique et médiatique. À l'instar d'un Johnny Hallyday, il fait ou faisait aussi les choux gras de nombreux imitateurs de la scène francophone tels Laurent Gerra ou Bernard Castaing.

 

Affaire Roger Garaudy

En avril 1996, lorsque son ami Roger Garaudy est en procès pour négationnisme suite à la publication de son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne, il lui apporte son soutien, ce qui lui vaudra d’être exclu du comité d’honneur de la LICRA.
Dans une lettre de soutien à l'auteur rendue publique le 18 avril 1996, il écrit tout le respect que lui inspire « l'énorme travail » réalisé par Roger Garaudy pour l'écriture du livre, et son « éclatante érudition, rigoureuse ». Il ajoute qu'accuser Roger Garaudy de « révisionnisme » est une « imposture », une « véritable calomnie».
Il expliquera néanmoins par la suite avoir agi « à titre amical» et se démarquera des tentatives pour « nier, banaliser ou falsifier la Shoah » dont il avait été lui-même témoin. Mais, selon les termes du quotidien L'Humanité« ce revirement tardif ne dissipe cependant pas le malaise. ».
L’historien Pierre Vidal-Naquet déclara pour sa part : « Je crains que la prise de position de l’abbé Pierre ouvre les vannes d’une poussée antisémite. »
Certains ont critiqué les propos de l’abbé Pierre sur l’idée de la terre promise dans l’Ancien Testament.
En effet, il dénonçait la prise très violente de cette terre par les israélites, telle qu’elle est décrite dans la Bible : « Que reste-t-il d’une promesse lorsque ce qui a été promis, on vient de le prendre en tuant par de véritables génocides des peuples qui y habitaient, paisiblement, avant qu’ils y entrent » dira-t-il à Bernard Kouchner et il n’hésitera pas à en déduire une véritable vocation à l’exil de ce peuple « Je crois que - c’est ça que j’ai au fond de mon cœur - que votre mission a été - ce qui, en fait, s’est accompli partiellement - la diaspora, la dispersion à travers le monde entier pour aller porter la connaissance que vous étiez jusqu’alors les seuls à porter, en dépit de toutes les idolâtries qui vous entouraient. »
Certains ont vu dans ces déclarations une reprise tout juste voilée de l'ancienne thématique chrétienne de l'auto-malédiction d'un peuple juif "avatar de Caïn", (thématique désavouée par l'église à l'occasion de la déclaration "Nostre Aetate" issue de Vatican II ) et, finalement, "une lecture de la Bible très conforme à l'antijudaïsme de certains catholiques avant Vatican II".
L'abbé Pierre considère que le débat sur la Shoah reste ouvert : « ils [la LICRA] n’acceptent absolument pas le dialogue, contrairement à Garaudy.
Ils considèrent que le débat (sur le génocide des juifs) est clos. Qu’oser le rouvrir n’est pas possible. Par exemple sur la question des chambres à gaz, il est vraisemblable que la totalité de celles projetées par les nazis n’ont pas été construites », propos auquel l’abbé Pierre ajoute toutefois : « Mais mes amis de la LICRA me disent qu’avancer de telles affirmations, c’est contester la Shoah. Ce n’est pas sérieux ». (Roger Garaudy sera finalement condamné pour contestation de crimes contre l’humanité et incitation à la haine raciale.)
Cette controverse ne doit toutefois pas masquer les faits qui plaident pour l'abbé Pierre, notamment son combat pendant la Seconde Guerre mondiale pour sauver des Juifs.
Son engagement profond contre l'antisémitisme est en particulier attesté par le fait qu'il ait lui-même toujours souligné que ses actions contre les persécutions anti-juives avaient précédé et motivé son entrée dans la Résistance.
Ses positions politiques sont sans ambiguïtés quand il dénonce le fait que ces rafles anti-juives ont été conduites par la police française en un temps (été 1942) et un lieu (Grenoble, en zone non occupée) qui ne permettent pas d'invoquer le prétexte de la contrainte allemande.
La polémique, qui meurtrira durablement l’abbé Pierre, lui valut le désaveu de certains de ses amis. Bernard Kouchner lui reprocha « d'absoudre l’intolérable » ; l'abbé est publiquement fustigé par le Cardinal Jean-Marie Lustiger, l'abbé Pierre est alors sommé par sa hiérarchie de prendre une retraite médiatique temporaire et part quelque temps en séminaire en Italie ; il y a déclaré au Corriere della Sera que la presse française était " inspirée par un lobby sioniste international ".
L'affaire ne reçut cependant que peu d’écho auprès de l'opinion française qui lui renouvela sa confiance pendant de nombreuses années le classant en tête des personnalités françaises les plus aimées (jusqu’à ce que l’abbé retirât lui-même son nom du classement).

 

L'abbé Pierre et les Brigades rouges ?

L'abbé Pierre a spontanément témoigné dans les années 1980 en faveur d'un groupe d'italiens résidant à Paris et animant l'école de langues Hypérion.
Le directeur de cette école Vanni Mulinaris avait été arrêté et emprisonné le 2/2/82, lors d'une visite en Italie.
Il était accusé d'être membre des Brigades rouges (BR). Il sera par la suite relaxé, totalement blanchi de cette accusation et même dédommagé par l'État italien pour 3 ans de détention injustifiée.
L'abbé Pierre se rend plusieurs fois en Italie pour protester contre les conditions de détention sans motivations et sans procès de Vanni Mulinaris, il rencontre le président Sandro Pertini, les juges, les avocats, plusieurs autorités morales, qui constitueront un comité italien demandant justice pour Vanni Mulinaris (le cardinal Martini,le sénateur Norberto Bobbio, Giuseppe Branca ancien président de la Cour Constitutionnelle, bientôt rejoints par 75 autres personnalités dont le journaliste Giorgio Bocca et le cinéaste Luigi Comencini).
L'abbé Pierre effectue également pour réclamer justice une grève de la faim du 26 mai au 3 juin 1984, dans la cathédrale de Turin.
Il témoigne alors de son expérience personnelle des dérives de la justice italienne de l'époque. François Mitterrand décidera à partir de 1982 d'accorder l'asile aux réfugiés politiques italiens, pour ceux qui auraient clairement rompu avec la violence.

 

Prises de position pour la réforme de la doctrine de l’Église

Sur l'ordination des hommes mariés

En 2005, dans son livre Mon Dieu… pourquoi ?, rédigé avec Frédéric Lenoir, il déclare qu’il a été attiré par des jeunes filles, étant lui-même jeune homme et avant d’entrer dans les ordres.
À ce sujet, il invite les dirigeants d'Église à réfléchir sur une éventuelle réforme de la discipline de l’Église en faveur de l’ordination des hommes mariés.
Et ne comprend pas l’opposition des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, l’ordination des hommes mariés étant autorisée par l’Église dans certains rites orientaux.
En outre, il voit dans cette autorisation un moyen de lutter contre la pénurie de nouveaux ministres du culte de l’Église.
Il incite également à réfléchir à l’ordination des femmes.

 

Sur l'homoparentalité

Dans cet ouvrage, il ne s’oppose pas à l’homoparentalité, à condition que les enfants ne subissent aucun préjudice psychologique ou social et explique notamment son opinion sur le fait « qu’un modèle parental classique n’est pas nécessairement gage de bonheur et d’équilibre pour l’enfant ».
Mais il se déclare contre le mariage et préfère y substituer une « alliance » homosexuelle.
Car selon lui, le mariage homosexuel « créerait un traumatisme et une déstabilisation sociale forte. »

 

Distinctions et hommages

  • Distinctions françaises :
    • Grand-croix de la Légion d’honneur le 13 juillet 2004Croix de guerre 1939-1945 avec deux palmes (citations des 12 février 1945 et 19 décembre 1946)
      • Grand officier en 1992 (remis neuf ans plus tard, le 19 avril 2001)
      • Commandeur en 1987 pour son action pour le logement des défavorisés.
      • Officier en 1981 au titre des droits de l'homme
      • Chevalier à titre militaire le 19 décembre 1946
    • Médaille de la Résistance (12 février 1946)
    • Médaille des évadés
    • Croix du Combattant Volontaire 1939-45 (1946)
    • Croix du Combattant
    • Médaille commémorative de la guerre 1939-45 avec agrafes "France", "Libération"
  • Distinctions étrangères :
    • Médaille de la Résistance belge (14 juillet 1947)
    • Grand officier de l’Ordre national du Québec lors de la visite officielle à Paris du premier ministre de la province du Québec Jacques Parizeau en janvier 1995
    • Officier de l’ordre du Cèdre du Liban.
  • Récompenses diverses :
    • Médaille d’or Albert Schweitzer de la Fondation Goethe (à BâleSuisse) en 1975, remise par René Lenoir, secrétaire d’État français.
    • 1991Prix Balzan pour l’Humanité, la paix et la fraternité des peuples, pour son combat pour les droits de l’homme, la démocratie, la paix, pour la lutte contre les souffrances spirituelles et physiques, et pour la solidarité universelle au travers des communautés Emmaüs.
    • Il est promu Grand officier de la Légion d’honneur en 1992 mais il refuse de la porter jusqu’en 2001 pour protester contre le refus de l’État français d’attribuer des logements vides à des SDF. La question était encore d’actualité pendant la campagne présidentielle 2007 (dont la future loi sur le droit au logement opposable devrait porter son nom, comme avant lui pour Coluche dont il a soutenu la cause avant de célébrer ses obsèques et à qui sera attribué la loi sur les dons aux œuvres caritatives).
    • En décembre 2003, sur la proposition de M. Jean-Paul Carteron, Président du Forum de Crans Montana, il reçoit le prix de la Fondation des mains de S.A.S. le prince héréditaire Albert de Monaco. Il s'agira du seul prix « profane » accepté par l'abbé Pierre dans toute vie. Ainsi qu'il le déclara en recevant la modeste œuvre d'art symbolisant ce prix, « je la mettrai sur la table où tous les jours je dis ma messe ».
    • En janvier 2004, il demande à ne plus figurer dans le palmarès de la presse des personnalités les plus aimées des Français, après de nombreuses années successives où il a été promu dix-sept fois en tête du Top 50 entre 1989 et 2003, afin de « laisser cette place aux jeunes. »
    • 14 juillet 2004 : élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur par le président de la République, la plus haute distinction officielle française.
    • Une école à son nom a été baptisée à Nueil-les-Aubiers (Deux-Sèvres) en 1993 et à Hédé en Ille-et-Vilaine le 17 septembre 2005.
    • 26 janvier 2007 : hommage national de la République française, avec la présence officielle du gouvernement aux obsèques.
    • 22 janvier 2008 : à l'occasion du premier anniversaire de sa mort, une plaque à la mémoire de l'abbé Pierre est symboliquement dévoilée par un compagnon d'Emmaüs et un SDF sur l'immeuble où s'installa l'Association Emmaüs après l'hiver 1954 à Paris.
    • Une plaque fut posée en son honneur sur le mur du Lycée Saint-Marc et inaugurée le samedi 13 décembre 2008 en présence de représentants de la famille Grouès, duMouvement Emmaüs, de Mgr Barbarin, Jean-Jack Queyranne, Michel Mercier, et de Gérard Collomb. Une célébration eucharistique présidée par le Cardinal Barbarin dans la chapelle du Lycée Saint-Marc suivit l'inauguration.
    • À l'occasion du troisième anniversaire de sa mort, La Poste française émet un timbre-poste au tarif le plus courant à son effigie, le 22 janvier 2010.
    • À l'occasion du centième anniversaire de sa naissance, la Monnaie de Paris édite une pièce de 2 € commémorative à son effigie en juillet 2012.
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