L'Agnus Dei


L'Agnus Dei


L'agnus dei


Cet objet de piété qui se présente sous la forme d'un petit médaillon rond ou ovale, confectionné avec la cire bénite du cierge pascal mêlée au saint chrême et que le pape consacre avant de le distribuer aux fidèles.
Le nom d'Agnus Dei vient de ce que ces disques sont empreints sur une de leurs faces de l'Agneau pascal portant l'étendard de la Résurrection.
Autour de l'Agneau est inscrite l'annonce de Jean-Baptiste : Ecce Agnus Dei qui tollit peccata mundi.
L'autre face porte un sujet, en général la représentation d'un saint.
Sous ces figures, séparées d'un trait, sont portés d'un côté le nom du saint honoré et de l'autre le nom du pape régnant ainsi que l'année de son règne.
Au IXème siècle, les Agnus Dei étaient bénis par l'Archidiacre puis distribués aux fidèles, le premier dimanche in albis du pontificat d'un pape ; la même cérémonie se renouvelait ensuite tous les sept ans.
Plus tard, la bénédiction fut faite par le pape lui-même, qui laissait au Maître de sa garde-robe le soin de les distribuer.
Depuis le XVIIème siècle, les cisterciens de l'abbaye romaine de Sainte Croix de Jérusalem les confectionnent avec la cire du cierge pascal des basiliques romaines et des cierges offerts au pape pour la Chandeleur, grâce à des moules prévus à cet effet.
Le pape les bénit en grande cérémonie le mercredi de la semaine pascale, en les plongeant dans de l'eau mélangée de baume et de saint chrême, puis la distribution a lieu solennellement le samedi de Pâques, après l'Agnus Dei de la messe.
Le pape remet un paquet contenant des Agnus Dei dans la mitre renversée de chaque évêque ou archevêque venu en recevoir.
Leur origine est lointaine.
Certains ont interprété un passage du Liber pontificalis où le pape Zosime (418) bénit de la cire, comme la première mention d'un Agnus Dei.
Nous savons par Ennodus (circa 510) que des fragments du cierge pascal étaient utilisés contre les tempêtes et les destructions.
La mention d'Agnus Dei est fréquente à partir d'Amalaire (circa 820).
A une période plus tardive, Guillaume Durand, au XIIIème siècle, en explique l'utilisation.
Il existe aussi une lettre en vers qui accompagne l'Agus Dei envoyée par le pape Urbain V pour honorer l'Empereur Jean Paléologue en 1366, alors que le plus ancien conservé ne date que de 1370 et fut béni par Grégoire XI.
La symbolique de l'Agnus Dei est bien explicitée dans les prières utilisées lors de sa bénédiction.
"Comme le cierge pascal, la cire figure le corps, l'humanité du Christ, elle doit être blanche comme sa conception a été immaculée, elle est préparée par l'abeille, pure et féconde image de Marie, vierge et mère" (Mgr X. Barbier de Montault)
La croix associée à l'Agneau suggère l'idée de la victime offerte en sacrifice, et le sang de l'Agneau pascal l'antique protection des nouveaux-nés de la maison contre l'ange exterminateur (institution de la Pâque par Moïse, Exode 12)
Ainsi le rôle de ce médaillon est-il de protéger ceux qui le portent ou le détiennent contre l'influence du malin.
Dans la prière de bénédiction de la cire de l'Agnus Dei, il est fait expressément mention des périls dus à l'orage, aux épidémies, au feu et aux flots, ainsi qu'aux dangers encourus par les femmes accouchant.
"On peut les jeter dans l'eau ou le feu pour se protéger ou boire l'eau dans laquelle ils ont été plongés ou en consommer des parcelles en cas de maladie" (Mgr X. Barbier de Montault)
Aujourd'hui le coutume est de conserver les Agnus Dei entiers dans des cadres reliquaires placés dans des lieux de recueillement.
Leur fonction de protection du foyer semble avoir été remplacée à la fin du XIXème siècle par la dévotion au Sacré Cœur de Jésus et ses mesures prophylactiques associées.

L'agnus dei


Devant l'importance de la demande, les Agnus Dei ont été morcelés et sont conservés soit dans des custodes métalliques ou en buis, soit portés dans des petits médaillons de métal ou dans des sachets de tissu, autour du cou à la manière des scapulaires.


L'agnus dei

Leur utilisation est alors plus proche de l'amulette que de l'objet de piété.
"Il est recommandé de les protéger dans une custode de métal ou de les envelopper dans de la soie pour les préserver de l'usure et de la souillure, si l'on désire les porter sur soi" (Mgr X. Barbier de Montault)
L'Agnus Dei est considéré comme un sacramental (c'est-à-dire qui efface les péchés véniels de ceux qui en font usage avec foi).
Cependant "l'effet attendu pourra bien quelquefois ne pas répondre à nos désirs. Ne nous en prenons pas à l'Agnus, dont la vertu ne peut être contestée, mais à nous-mêmes, à notre foi débile, douteuse, incertaine, à notre dévotion faible, impuissante, ou encore à une cause que Dieu nous cache à dessein" (Mgr X. Barbier de Montault)
Source : Livre "Ruches et abeilles : architecture, traditions, patrimoine" par Jean-René Mestre, Gaby Roussel
En savoir plus :

De la dévotion aux Agnus Dei


L'agnus dei


Parmi les objets de dévotion que les fidèles aiment à recueillir dans la Ville éternelle pour les porter ensuite dans leur patrie, où ils les conservent religieusement, il convient de placer les Agnus Dei au premier rang.
Un double motif explique cette pieuse et intelligente avidité. D'abord, l'Eglise ayant rangé les Agnus au nombre des sacramentaux, la vertu qui en résulte, lorsqu'on en fait usage, les rend extrêmement précieux, car les effets qu'ils produisent sont à la fois de l'ordre spirituel et de l'ordre temporel.
De plus, les Agnus étant consacrés par le Pape seul et à peu près exclusivement dans la ville de Rome où il fait sa résidence habituelle, c'est ensemble un souvenir de la Ville-Sainte et de la personne sacrée du Pontife.
Depuis le XVIe siècle on a beaucoup écrit sur l'antiquité, l'origine, l'usage et la bénédiction des Agnus.
En résumant ici tout ce qui a été écrit et imprimé sur cette matière, et en complétant les documents connus par de nouvelles études, mon but a été tout ensemble d'édifier et d'éclairer, de favoriser la piété et d'instruire.
AUX AGNUS DEI.
I.Origine et antiquité des Agnus.
L'antiquité des Agnus est incontestable. Rien n'est moins certain, au contraire, que l'origine qu'on leur attribue.
Molanus prétend qu'ils remontent au IVe siècle et cite les noms des papes S. Melchiade et S. Sylvestre comme auteurs de cette dévotion. Valério se contente du Ve siècle et met en avant le nom du pape S. Zozyme, qui fut élu le 19 août 417.
Malgré l'autorité qui s'attache au savoir du cardinal Baronius, il semble difficile d'admettre avec lui que les Agnus aient remplacé les bulles d'or ou autres objets profanes et même licencencieux que les jeunes païens portaient suspendus au cou, car il ne cite aucune preuve pour justifier une affirmation souvent répétée de confiance après lui.
Hospinien voit également dans les Agnus un rit d'origine païenne ou judaïque et en reporte l'idée aux sigilla ou médaillons donnés à l'occasion des saturnales.
On fit quelque temps grand bruit d'un monument qui, disait-on, était très-concluant, puisqu'il avait été trouvé dans la basilique de Saint Pierre, dans le tombeau de Marie, fille de Stilicon et femme d'Honorius. Mais il est certain aujourd'hui que l'objet en question n'était pas un Agnus Dei, mais une bulle d'or à l'effigie de l'Agneau.
Panvini a peut-être été trop absolu quand il a avancé que l'institution des Agnus date du IXe siècle seulement. Il serait plus exact, je crois, de dire que des textes certains et authentiques en parlent, à cette époque, comme d'une chose, non d'institution récente, mais transmise par la tradition et la pieuse dévotion des fidèles.
Ennodius nous apprend qu'au VIe siècle, on se servait de morceaux de la cire du cierge pascal pour conjurer les orages et les dangers. La formule de bénédiction contenait ce passage explicite : « Sumptam, ex hoc cereo contra procellas vel omnes incursus, fac, Domine, dimicare particulam. » Au XIIIe siècle, Guillaume Durand ajoute que cet usage s'est conservé dans beaucoup d'églises particulières, mais qu'à Rome ce rôle d'auxiliaire était directement rempli par les Agnus. « Hi agni a fulgure et lempestate fidcles et credentcs dcfendant propter virtutem consecrationis et bencdictionis. Sane secundum quarumdam ecclesiarum consuctudinem cereus distribuitur in octava PascRs populo ad suffumigandas domos, ad significandum quod in ultima resurrectione Christus fidelibus in prxmio tribuetur, ad quod expressius significandum Romana Kcclesia agnos facit supradictos. »
Les Agnus Dei ne se faisaient donc qu'à Rome, par les soins et sous les yeux des Souverains Pontifes.
On croirait, à lire les Ordres primitifs, que l'archidiacre faisait et distribuait seul les Agnus, pour ainsi dire de son autorité privée. Mais les textes des Ordres postérieurs lèvent toute ambiguïté à cet égard.
Le rit de la consécration des Agnus ne fut irrévocablement fixé qu'au XVIe siècle, et il s'est maintenu jusqu'à nos jours dans l'ordre établi par le cérémonial de la chapelle papale.
La cire était anciennement placée sur le maître-autel de la basilique de Saint-Pierre pour qu'elle fut préalablement sanctifiée par le contact du corps du Prince des Apôtres. C'était là, en effet, que les clercs de la chambre la remettaient entre les mains du sous-diacre apostolique qui, assisté des acolytes du palais, se chargeait ensuite de la transformer en Agnus. Ce soin passa ensuite au sacriste de Sa Sainteté.
Les prières usitées au moyen âge étaient plus courtes que celles dont se sert la liturgie moderne. Cependant on peut affirmer qu'elles n'ont pas substantiellement varié.
II Matière et forme de l'Agnus.
L'Agnus Dei, tel que nous le voyons depuis deux cents ans, peut se définir : Un médaillon de cire blanche, de forme ovale, marqué aux effigies de l'Agneau pascal et des saints, que le Pape bénit et consacre à des époques déterminées.
Reprenons pour les expliquer tous les termes de cette définition.
La cire naturelle, produite par les abeilles, est, à l'exclusion de toute autre cire artificielle, la matière nécessaire de l'Agnus ; de plus elle doit, non pas garder sa couleur native, mais être préparée de manière à changer sa teinte jaune et dorée pour la blancheur immaculée que requièrent à la fois la tradition, la rubrique et le symbolisme.
Toute cire, même blanche, n'est pas indifférente. La cire prescrite est celle du cierge pascal, qui a brûlé, à l'église, les années précédentes. Aussi se sert-on pour les Agnus, non seulement de la cire du cierge pascal de la chapelle Sixtine, mais encore de celle que peuvent fournir les cierges des basiliques et des églises de Rome. Si la cire ainsi recueillie ne suffisait pas, on y joindrait de la cire ordinaire que l'on mélangerait avec l'autre. Le cierge pascal ayant été bénit solennellement et ayant servi aux offices divins, la cire qui en provient est déjà une cire bénite et non commune et profane. Pour les grandes consécrations on emploie jusqu'à vingt-cinq mille livres de cire et mille en temps ordinaire.
Cette cire du cierge pascal, amollie parle feu, est jetée dans un moule où le gâteau qu'elle l'orme reçoit, par les soins des Cisterciens de Sainte-Croix de Jérusalem, une double empreinte sur ses deux faces. Comme il existe plusieurs moules différents, le gâteau varie aussi dans ses dimensions et son épaisseur. Il y a des Agnus de plusieurs grandeurs : les plus petits ressemblent à des médailles et mesurent trois centimètres ; les plus développés atteignent une hauteur de vingt et une largeur de dix.
Les Agnus affectent la forme ovale ou plutôt oblongue avec angles adoucis et arrondis, de manière à figurer un médaillon gracieux.
Leurs deux faces portent deux empreintes différentes et en relief. Autrefois l'Agneau pascal était représenté des deux côtés. On ne le voit plus maintenant qu'à la face principale.
Or cet Agneau est figuré couché, mais vivant, sur le livre apocalyptique aux sept sceaux, nimbé du nimbe crucifère et tenant l'étendard de la résurrection. La légende qui le contourne porte les paroles de S. Jean, plus ou moins abrégées selon l'espace : Ecce Agnus Dei Qui TOLLIT PECCATA MUNDI.
Au-dessous de l'Agneau se lisent le nom du Pape consécrateur, l'année de la consécration et celle du Pontificat.
Si l'espace le permet, on y ajoute les armoiries du Souverain Pontife.
Le champ du revers est entièrement occupé par un ou plusieurs saints personnages, dont le nom se lit autour de l'Agnus. J'en citerai quelques exemples, empruntés au pontificat de Pie IX.
Les saints sont fournis par le Martyrologe Romain et l'on y voit des apôtres, des martyrs, des pontifes, des confesseurs, des vierges, des abbés, etc. J'ai noté entre autres S. Matthieu, S. Joseph, S. Augustin, S. Christophe, S. Janvier, S. Pascal Baylon, S. Turribe, S. Bernard, S. Pie V, S. Bruno, S. Gaétan, Ste Thérèse, etc., etc.
La Sainte Vierge y occupe une place distinguée : tantôt c'est N.D. des Sept-Douleurs, tantôt la Madone du Quirinal ou bien celle que vénèrent des Ordres religieux ou des contrées particulières, comme la Vierge du Rosaire, la Vierge de Mechoacan, etc.
Les légendes des sujets sont en latin.
La coutume de placer l'effigie des saints au revers des Agnus n'est pas ancienne. Benoit XIV la fait remonter aux derniers siècles et insinue que le choix dépendait de la dévotion des Pontifes. Clément XI fut le premier qui ajouta les saints de l'Église grecque à ceux de l'Église latine. Pie VI fit de même, avec cette différence que les noms furent écrits en grec.
Innocent XIII s'abstint de figurer les bienheureux sur les Agnus, quoique, au témoignage du savant Prosper Lambertini, alors promoteur de la foi, cela eût été fait pour le B. Pie V et le B. Louis de Gonzague. Benoît XIV ne fit pas difficulté de représenter sa parente la B. Imilde Lambertini, religieuse de l'Ordre de Saint Dominique.
L'Agnus, ainsi préparé et travaillé, est remis solennellement entre les mains du Souverain-Pontife, qui dans une cérémonie liturgique, faite en présence du Sacré-Collège et de la prélature, procède à sa bénédiction et consécration. En effet, le Pape plonge YAgnus dans l'eau bénite, où il a versé en forme de croix le baume et le saint chrême. Ainsi imprégné de cette triple substance que l'Église a sanctifiée par ses prières, YAgnus devient un objet saint et est élevé à la dignité des sacramentaux. De cette bénédiction et consécration qu'accompagnent des prières demandant à Dieu cette fin spéciale, YAgnus lire les vertus nombreuses et merveilleuses qui lui donnent tant de prix aux yeux des fidèles.
Le Pape, s'est réservé le droit de bénir et de consacrer les Agnus et il est inouï dans l'histoire ecclésiastique que ce pouvoir souverain ait été jamais délégué à quelque personne que ce soit.
Cette cérémonie imposante se renouvelle périodiquement. Elle a lieu la première année de chaque pontificat, puis se répète successivement tous les sept ans. Quelque absolue que soit cette règle, comme il s'agit avant tout de répondre à la dévotion générale, les Papes consacrent, d'une manière privée et sans solennité, à ses Agnus aux époques de grande affluence d'étrangers à Rome, comme jubilé, canonisation, ou encore quand ils le jugent opportun.


III.Symbolisme des Agnus.
La forme et la matière des Agnus ne sont pas purement arbitraires ou indifférentes. L'Église a voulu qu'elles eussent une signification élevée, en rapport avec la sublimité de ses dogmes et de son enseignement ; et pour cela elle les a embellis avec son symbolisme, qui est la poésie de son culte.
Nier ce symbolisme serait absurde, car c'est l'Église elle-même qui a entendu le formuler ainsi, et la tradition des siècles nous est transmise par la voix même des Souverains-Pontifes.
Dans l'Agnus tout est plein de mystères, et le sens caché que fait entrevoir l'objet visible reporte exclusivement et directement à Jésus Christ : Designant nobis mysteria summi Agni polorum principis (Jules III).
La cire figure le corps, la chair, l'humanité du Sauveur : elle est blanche comme sa conception a été immaculée ; elle a été préparée par l'abeille, pure et féconde, image de Marie, vierge et mère tout ensemble.
Telle est, en effet, dans la liturgie catholique, la signification de la cire, et il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir les livres des auteurs les plus anciens et les plus accrédités, comme saint Grégoire le Grand, Amalaire Fortunat, saint Anselme, Fulbert et Yves de Chartres, etc., dont les témoignages sont aussi clairs que précis.
Les Agnus sont plongés dans l'eau bénite, afin de sanctifier la cire et de lui enlever tout ce qu'elle pourrait avoir de profane ; aussi pour rappeler que l'eau est un des éléments que Dieu, dans les deux Testaments, a choisi comme matière de ses sacrements ou agent de ses prodiges.
Le saint chrême répandu sur l'eau est l'emblème de la charité, la plus douce et la plus insinuante des vertus. C'est avec lui que sont consacrés les temples, les autels, les pontifes, les hommes et les choses destinés au culte divin. C'est lui aussi qui fait des Agnus un objet, non pas seulement bénit, mais encore consacré.
L'Agneau fut, dans l'ancienne loi, une des figures les plus significatives du Christ. L'iconographie chrétienne, adoptant cette idée, asouvent représenté le Sauveur sous la forme d'un agneau. Les prières de la consécration rappellent spécialement l'agneau offert par Abel, le bélier substitué à Isaac, les agneaux consumés dans le temple, le sang de l'agneau empreint sur les portes des Hébreux, toutes figures qui n'ont trouvé leur application que dans la loi nouvelle, où J.-C, vrai Agneau par sa douceur et son sacrifice, a été immolé, pour la rédemption du genre humain. Il était donc tout naturel que J.-C. figurât sur les Agnus sous la forme la plus ancienne et la plus expressive.
Saint Jean, dans son Apocalypse, a parlé de l'Agneau qui lui apparut au ciel, et il le dépeint à la fois mort et vivant, « Et vidi agnum stanlem tamquam occisum (Apoc. v, 6.), » et seul digne, au témoignage des vieillards qui l'entourent, d'ouvrir le livre mystérieux de la vie, par l'efficacité de sa mort.
L'Agneau, figuré sur les Agnus Dei, n'est donc pas un agneau ordinaire. Aussi plusieurs attributs spéciaux le caractérisent. Il est nimbé, en raison de la sainteté de celui qu'il représente, mais son nimbe est timbré d'une croix, car il est le symbole d'un Dieu, et tel est, en iconographie, l'attribut distinctif des trois personnes divines. Autrefois, l'agneau était représenté debout, stanlem, en vainqueur. De nos jours, il est couché, c'est l'agneau du sacrifice, qui s'offre en expiation. La croix qu'il porte levée, indique quel fut l'autel de son immolation : A ra crucis. Mais comme le Christ mort est ressuscité, la vie, son triomphe de la mort et de l'enfer, sont attestés par l'étendard de victoire flottant au sommet de la croix, qui n'est plus un instrument de supplice, tout au contraire, un trophée glorieux. Sous ses pieds est étendu, fermé et scellé, le livre mystérieux que lui seul peut ouvrir.
L'Agneau, dans cette attitude et avec ces divers attributs, porte, en iconographie, le nom tres-significatif (l'Agneau pascal. C'est en effet, au jour de Pâques, que l'Agneau immolé revient à la vie. N'était-il pas convenable que la cérémonie, destinée à commémorer ce fait parmi les fidèles d'une manière sensible, eût lieu dans l'octave même de Pâques, consacrée tout entière à fêter la glorieuse résurrection du Sauveur ? Aucun temps de l'année n'était mieux approprié à une représentation où domine exclusivement le symbolisme.
Le cierge pascal, qui brûle pendant quarante jours, a été établi par l'Eglise pour perpétuer le souvenir de la résurrection de Jésus-Christ et de son séjour sur la terre jusqu'à son Ascension triomphante. C'est, comme l'Agneau, une nouvelle figure de Jésus glorieux. Quelle matière pouvait donc avoir plus de droits et mieux convenir pour servir à façonner les Agnus que cette cire déjà bénie et prédestinée par les prières et l'usage liturgique à figurer l'Agneau de Dieu mort victime, il est vrai, mais ressuscité plein de vie et de majesté ?
Les Agnus Dei, nous dit Guillaume Durand, signifient aussi les nouveaux baptisés : « Ibi etiam Agni cerei figurant agnos novellos de quibus cantat Ecclesia in sabbato in albis. » L'Eglise le croit aussi, car tel est le sens des paroles que prononce, par trois fois et sur un ton solennel, le sous-diacre apostolique lorsqu'il présente au Pape, le samedi in albis, les Agnus nouvellement consacrés : « Pater sancte, isti sunt agni novelli, qui annunciaverunt vobis alleluia, modo veniunt ad fontes, repleti sunt claritate, alleluia. » Paroles évidemment symboliques et qui cachent un sens mystérieux, comme si le ministre sacré disait : « Très-Saint Père, je vous présente les Agnus que vous avez bénits et consacrés, ils sont pour nous l'emblème de ces chrétiens purifiés par le baptême, qui désormais, par la vertu du sacrement, sont devenus blancs et sans taches comme des agneaux : vainqueurs de la mort et du péché, du démon qui les tenait captifs, ils ont pu vous annoncer par leurs chants joyeux l'alleluia de la résurrection, eux qui, comme le Christ et par lui, sont ressuscites à une vie nouvelle : ils viennent de la source sacrée, des fonts bénits où ils se sont purifiés par un bain, salutaire ; maintenant la grâce qui les illumine, les remplit des vives clartés de la foi : louons Dieu de son triomphe sur la mort ; la mort corporelle, il l'a domptée par sa résurreclion ; la mort spirituelle, il l'a anéantie par le baptême. « Consepulti ei {Christo) in baptismo, in quo resurrexislis perfidem operations Deiqui suscitavit illum a mortuis. » (S. Paul, ad Goloss., c. 11, % 12.)
Si l'Agnus est le symbole du chrétien régénéré, il était fort à propos que la consécration en fût faite dans la semaine même de Pâques, où les nouveaux baptisés, par respect pour le sacrement qu'ils avaient reçu, portaient la robe blanche, emblème de leur innocence.
Il convenait aussi que la distribution en fût faite dans cette même semaine, au dernier jour de l'octave, selon la raison que nous en donne Guillaume Durand : « lnoctava distribuuntur, quia in octava reswreciionis Dominus sua -prantia distribué. » En effet, pour suivre dans tout son développement l'ordre d'idées simplement énoncé ici par l'éminent symboliste du XIIIe siècle, le baptême nous fait naître à la vie de la grâce ; les sept jours qui suivent notre naissance spirituelle, sont la carrière que nous avons à parcourir, et purs et sans souillure, alors, au huitième jour, qui est celui du repos et de la gloire, nous sommes admis au ciel par le Christ, qui reconnaît en nous les imitateurs de l'Agneau et nous invite à ses noces éternelles : Ad rcglas Agni dapes, stolis amicti candidis.
Enfin, Jésus-Christ s'est nommé lui-même dans l'Evangile le Bon Pasteur : nous formons donc son troupeau. Or ce troupeau se compose des brebis qui sont les chefs spirituels, et des agneaux qui sont les simples fidèles. Les uns et les autres font confiés à la garde de Pierre. Brebis et agneaux ont cela de commun, que le but auquel ils tendent, est le même, et s'ils l'atteignent avec l'éclat des vertus, l'Eglise les constitue à part et leur décerne les honneurs de la sainteté. Voilà pourquoi l'Agneau n'est plus représenté seul sur les Agnus. Il a sa cour avec lui, formée de tous ceux qui ont marché à sa suite. Aussi, par un rapprochement ingénieux les Agnus portent des effigies de saints. Les saints ont retracé en eux les traits caractéristiques de l'Agneau et font devenus à leur tour nos modèles. Ils partagent donc le triomphe de l'Agneau, agneaux eux-mêmes, ainsi que l'a constamment figuré, sur ses sarcophages et ses mosaïques, l'Eglise des premiers siècles, à Rome.
 IV.Bénédiction et consécration solennelle des Agnus.
La cérémonie solennelle de la bénédiction et consécration des Agnus n'a lieu que la première année du pontificat et ensuite de sept en sept ans.
Le P. Baldassari, de la compagnie de Jésus, nous a laissé une description très-détaillée et très-complète du cérémonial usité en pareille circonstance.
« De nos jours le baptême ou la consécration des Agnus Dei a coutume de se faire en public, trois jours avant le samedi in albis. Le lieu destiné pour la fonction sacrée est ou la salle royale qui sert aux consistoires publics ou la salle des consistoires secrets, si la fonction se fait au Vatican. Lorsque le Pape habite le Quirinal, elle a lieu dans la salle ducale.
Un tiers du Sacré-Collége est présent chaque malin à la cérémonie et sur l'invitation nominale du Pape. Il y a toujours des cardinaux des trois ordres, évêques, prêtres et diacres. Les maîtres des cérémonies ont soin pour cela d'en tenir une note très-exacte.
Afin que les habitants de Rome et les étrangers puissent commodément jouir de la fonction, les ouvriers du palais font des séparations en bois que gardent les soldats de la garde suisse. Il appartient aux chefs de ce corps de faire entrer les personnes dans l'intérieur des barrières, selon que le jugent à propos les maîtres des cérémonies, à qui est confié le soin de diriger les cérémonies pontificales.
Au fond de la salle se dresse, sous un dais et élevé d'une marche, le siége pontifical. A main droite est un autel paré de tous les ornements ordinaires. Du côté de l'Évangile, sont disposées des caisses de bois peint, pleines d'Agnus Dei, et du côté de l'Épître est une crédence qui sert à recevoir le saint chrême, le baume, l'encensoir, la navette, deux chandeliers avec cierges allumés et auprès de la crédence la croix papale sur sa hampe.
» Entre celte crédence et le trône pontifical , il y en a une autre qui contient tout ce qui est nécessaire pour laver les mains au Souveverain-Pontife.
Devant le siége pontifical, on prépare un grand bassin d'argent plein d'eau et quatre autres plus loin hors du degré du trône, le long de la salle, à des distances convenables, deux de chaque côté, avec autant d'escabeaux qu'il y a de cardinaux qui doivent prendre part à la fonction. Ces quatre bassins contiennent également de l'eau.
Dans la chambre contiguë à la salle on dresse plusieurs tables que gardent les religieux Cisterciens. Ces tables sont couvertes de tapis sur lesquels se mettront les Agnus pour les faire sécher, quand ils seront apportés par les prélats qui les tiennent dans des bassins et des corbeilles d'argent, afin que la moindre goutte d'eau bénite ne tombe pas sur le pavé.
Les maîtres de cérémonies doivent faire en sorte que les prélats et autres officiers soient choisis parmi les plus dignes pour porter les Agnus des bassins aux tables et les moins dignes pour les porter des caisses aux bassins. De plus, ceux qui servent d'une façon ne doivent pas servir de l'autre, et ceux qui ont été employés un matin ne le sont pas un autre jour ; aussi donne-t-on une note à cet effet aux doyens des différents ordres de la prélature.
Monseigneur Garde-robe de Sa Sainteté fait préparer un certain nombre de tabliers que l'on distribue aux cardinaux, prélats et autres officiers.
Tous, à l'heure indiquée, se rendent dans l'antichambre de Sa Sainteté, qui, après avoir célébré ou entendu la messe dans sa chapelle privée, en habit ordinaire de la semaine in albis, c'est-à-dire soutane, rochet, mozette et calotte blanches, se rend à la salle désignée, suivi des cardinaux. A son entrée, il bénit le peuple, s'agenouille devant l'autel où il fait une courte prière, se lève et revêt les ornements sacrés, amict, aube, ceinture, étole blanche et mitre simple. Il monte ensuite au trône, s'assied un instant, quitte la mitre et dit une oraison sur l'eau qu'a déjà bénite Mgr Sacriste. Il reprend la mitre, puis verse successivement, en forme de croix, le baume et le saint chrême, en récitant quelques paroles. Il va ensuite près des caisses où sont les Agnus, y quitte la mitre, lit quelques oraisons et encense les Agnus. Il reprend la mitre, monte à son trône, reçoit un tablier et une baverole, puis plonge dans l'eau, avec une cuiller d'argent doré, les Agnus qui lui sont présentés. Il est aidé par les deux cardinaux diacres qui l'assistent et qui retirent de l'eau les Agnus que des prélats reçoivent sur des bassins dorés et portent aux tables susdites.
Les cardinaux quittent la mozette, mettent un tablier par-dessus le mantelet et s'asseient devant les quatre autres bassins où, avec des cuillers d'argent, ils plongent et retirent les Agnus. Pendant ce temps, les chantres du palais exécutent en musique l'hymne du temps pascal : Ad regias Agni dapes.
Cette immersion, métaphoriquement nommée baptême, étant terminée, Sa Sainteté quitte le tablier et la bavette, et précédée de la croix portée par un Auditeur de Rote entre deux acolytes avec des cierges allumés, se rend à la chambre où sont à sécher les Agnus. On lui ôte la mitre et il récite quelques oraisons. Il retourne à l'autel, y quitte les vêtements sacrés, reprend la calotte et la mozette, donne la bénédiction au peuple et rentre dans ses appartements, suivi des cardinaux qu'il remercie de leur assistance à la cérémonie.
Cette cérémonie commence le mercredi de l'octave de Pâques et continue le jeudi et le vendredi, de la même manière que le premier jour, à cette seule différence près que l'eau ne se bénit plus ni ne se consacre, la même servant aux trois jours ; et s'il en reste, on la garnie dans des vases décents, pendant les sept ans qui suivent, au cas où les Agnus viendraient à manquer et pour satisfaire la piété des fidèles.
Quand les Agnus sont secs, Monseigneur Garde-robe et autres ministres en font autant de paquets qu'il est nécessaire pour la distribution qui a lieu le samedi in albis. Mais tous ne sont pas égaux, les uns sont grands, les autres moindres et enfin il y en a de petits. Les grands, destinés aux cardinaux, contiennent une centaine d'Agnus : dans les autres on en met de quarante à soixante-dix : Les Agnus sont enveloppés dans du coton et du papier, liés par un ruban. »

V.Bénédiction et consécration privée des Agnus.
Cette cérémonie, moins solennelle que celle de la semaine de Pâques, puisqu'elle n'est pas publique et ne se répète pas trois jours consécutifs, a lieu chaque fois que, dans l'intervalle de sept ans, le Souverain-Pontife désire suppléer au manque complet à d'Agnus Dei. Le Pape se rend à la salle du consistoire public ou en tout autre lieu qu'il a désigné, par exemple, la sacristie de Sainte-Croix de Jérusalem, vêtu de la soutane, de la ceinture, du rochet, de la mozette et de l'étole. Il fait sa prière devant l'autel qui y est érigé, puis ayant quitté l'étole et la mozette, se lave les mains, le majordome présentant l'aiguière et le maître de chambre la serviette.
- Il prend alors l'amict, l'aube, la ceinture, l'étole blanche et la mitre, puis monte au trône, assisté de deux cardinaux-diacres. On lui ôte la mitre, il dit Dominus vobiscum, récite l'oraison Pater omnipotrns, bénit l'eau, et y verse en forme de croix le baume et le saint chrême. Il descend du trône, prend avec une cuiller d'argent cette eau bénite et en verse dans plusieurs bassins, ce que font également quatre cardinaux.
Le Pape remonte au trône, et tourné vers les Agnus Dei, après avoir dit Dominus vobiscum, récite trois oraisons et encense les Agnus. On lui met la mitre, un tablier et une baverole. Les camériers servants portent les Agnus Dei au bassin placé devant le Pape, qui, aidé par les deux cardinaux-diacres, les plonge dans l'eau bénite, d'où ils sont retirés avec une cuiller d'argent, et remis aux camériers secrets et d'honneur qui les portent pour les faire sécher, sur des tables, préparées exprès et recouvertes de nappes blanches.
Pendant que le Pape met les Agnus dans un bassin, quatre cardinaux, deux évêques et deux prêtres, font la même chose dans deux autres bassins. Les chantres du palais chantent alors l'hymne Ad regias Agni dapes, qu'ils terminent par le verset Exaudiat nos omnipotens et misericors Dominus.
Le Pape récite une oraison sur les Agnus et donne la bénédiction. Il revient devant l'autel où il se déshabille, fait sa prière, puis rentre dans ses appartements.
Des places sont réservées au Sacré-Collége, à la prélature et à quelques étrangers privilégiés.
En 1862, lorsque les évêques du monde catholique se réunirent à Rome pour la canonisation des Martyrs Japonais, Pie IX voulut leur offrir des Agnus. Mais comme il n'y en avait plus au Palais apostolique, Sa Sainteté procéda à la bénédiction et consécration, d'une manière privée, dans la sacristie de la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem, ainsi que l'avaient fait ses prédécesseurs Léon XII, en 1823 et Grégoire XVI, en 1832.
VI. Prières de la bénédiction et consécration des Agnus.
Voici la formule liturgique employée par les Souverains-Pontifes pour les bénédictions et consécrations, tant solennelles que privées :
Le Pape debout et sans mitre bénit l'eau.
Notre secours est dans le nom du Seigneur.
Qui a fait le ciel et la terre.
Le Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit.
PRIONS.
Seigneur Dieu, Père tout puissant, créateur de tous les éléments et distributeur de la grâce spirituelle, qui avez permis que les eaux coulassent avec le sang du flanc très-saint de votre Fils unique, qui par le même Fils unique avez sanctifié les eaux dans le Jourdain, qui avez voulu que toutes les nations fussent baptisées dans les mêmes eaux, et enfin qui avez constitué l'eau comme substance de vos sacrements les plus augustes, soyez bénigne et clément et daignez bénir et sanctifier † cet élément de l'eau, afin que vos serviteurs qui vénèrent les médaillons de cire que l'on y plonge, obtiennent l'ablution de leurs péchés et la collation de la grâce, pour mériter avec vos élus de recevoir la vie éternelle. Par le même Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.
Le Pape prend la mitre et verse du baume en forme de croix dans l'eau bénite.
Daignez, Seigneur, consacrer † et sanctifier † ces eaux par cette sainte infusion du baume et notre bénédiction.
Au nom du Père †, du Fils † et du Saint Esprit †.
Ainsi soit-il.
Le Pape verse ensuite le saint chrême dans l'eau bénite.
Daignez, Seigneur, consacrer † et sanctifier † ces eaux par cette onction sainte du chrême et notre bénédiction.
Au nom du Père, etc.
Le Pape prend avec une cuiller de l'eau bénite et consacrée et en verse dans les bassins placés devant lui, puis il récite trois oraisons sur les Agnus.
Le Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit.
PRIONS.
Dieu, auteur de toute sanctification, qui avez agréé l'agneau du sacrifice d'Abel, qui avez voulu qu'au lieu de l'immolation d'Isaac, comme figure de notre rédemption, un bélier arrêté dans les ronces fût sacrifié, et avez ordonné à Moïse de vous offrir un sacrifice perpétuel par les agneaux, nous vous prions avec supplication de daigner bénir † et sanctifier † ces moules de cire figurés à l'image de l'Agneau très-innocent, afin qu'en leur présence, le fracas de la grêle, le tourbillon des ouragans, l'impétuosité des tempêtes, la rage des vents, les orages sinistres soient dissipés. Et de même qu'à la vue du sang dont votre peuple avait aspergé le linteau de ses portes et ses portes elles-mêmes, l'Ange exterminateur passa sans lésion aucune des maisons ainsi aspergées, ainsi qu'à la vue de ces images fuient et tremblent les malins esprits, et que, pour ceux qui les portent dévotement, la mort ne les prenne pas à l'improviste, que l'homme ennemi ne prévale pas contre eux, qu'aucune adversité ne les domine, qu'aucune ombre ne leur inspire la terreur, qu'aucun souffle pestilentiel ou corruption de l'air, que ni l'épilepsie ni autre maladie violente, ni le soulèvement de la mer et les tempêtes, ni l'inondation des eaux, ni l'incendie des feux ne puissent leur nuire. Par l'invocation de votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne, Dieu, dans l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
PRIONS.
Seigneur Jésus-Christ, qui êtes le vrai et innocent Agneau immolé pour le salut du monde sur l'autel de la croix, dont la mort a arraché le genre humain à la mort éternelle et à la puissance du démon et l'a rappelé à la vie, daigne bénir † et consacrer † ces images en cire de l'Agneau, afin que ceux qui les portent dévotement, par respect et honneur pour votre nom, soient délivrés de la mort subite et de toute embûche et malice de la fraude infernale, et que les douleurs des mères qui enfantent soient calmées et que l'enfant soit conservé sain et sauf avec sa mère, par la vertu de votre passion. Vous qui vivez et régnez, Dieu, dans l'unité du Saint Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
PRIONS.
0 Esprit puissant, qui fécondez les eaux et par votre souffle les sanctifiez et changez leur amertume en douceur, daignez bénir †, sanctifier † et consacrer † ces agneaux en cire sur qui coulera le saint chrême, afin que tous ceux qui les porteront, affermis par la force de votre vertu, se réjouissent de votre consolation, vous que l'on nomme véritablement Paraclet et qui vivez et régnez, Dieu, avec le Père et le Fils dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Le Pape encense les Agnus, prend la milre, s'assied devant les bassins entre deux cardinaux qui l'aident à y plonger les Agnus, puis récite sur eux une dernière oraison.
Le Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit. 
PRIONS.
Nous supplions, Dieu tout-puissant, votre clémence infinie que ceux qui porteront ces Agneaux immaculés façonnés avec de la cire vierge, pour signifier l'Incarnation de votre Fils unique Notre Seigneur, qui s'est accomplie par vertu divine sans le contact de l'homme et que nous avons consacrés par la figure de la croix, l'eau bénite et le saint chrême, délivrés de toutes les fureurs des malins esprits, des incendies, des inondations, de la foudre, de la tempête, d'un accouchement malheureux et des autres périls et maladies, quittent le siècle sans blessures et se réjouissent dans le siècle futur et sans fin avec vous qui vivez et régnez, Dieu, dans une Trinité parfaite, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Quand les Agnus sont secs, on les met dans des caisses.
VII.Distribution des Agnus.
Les Agnus sont distribués ou par le Pape d'une manière solennelle et au jour fixé par la rubrique ou en tout autre temps par un prélat de sa maison.
Tel est le rite établi pour la distribution publique et solennelle :
Le matin du samedi in albis, la messe se chante à la chapelle Sixtine. Après l'Agnus Dei et à la suite de la communion du cardinal officiant, les cardinaux revêtent les ornements sacrés de couleur blanche qui conviennent à leur ordre, ce que font aussi les archevêques et évêques, les abbés mitrés(1) et les pénitenciers de la basilique de Saint-Pierre.
(1)La chape ou pluvial pour les cardinaux-évêques,
Un auditeur de rote, vêtu de la tunique blanche, en qualité de sous-diacre apostolique, et précédé de la croix papale et de deux chandeliers, va prendre à la chapelle Pauline les Agnus Dei bénits et quand il est de retour à la Sixtine, il chante par trois fois : Pater Sancte, isti sunt Agni novelli qui annunliaverunt vobis Alleluia : modo venerunt ad fontes, repleli sunt claritate. Alleluia. Puis montant au trône, il y soutient le bassin. Le Pape commence alors à distribuer les Agnus qui sont enveloppés de coton et réunis en divers paquets, liés avec des rubans violets.
Les cardinaux baisent la main du Pape, son genou et les Agnus qu'ils reçoivent dans leur mitre.
Les archevêques et évêques baisent le genou et les Agnus qui sont également mis dans leur mitre ; de même pour les abbés mitrés qui baisent les Agnus et le pied de Sa Sainteté.
Les pénitenciers, en chasuble blanche baisent les Agnus et le pied, puis reçoivent dans leur barrette.
Viennent ensuite tous ceux qui ont rang à la chapelle et qui baisent le pied du Pape et les Agnus. Ils se succèdent dans cet ordre : Prince assistant au trône, prélature, généraux des ordres mendiants, sénateur et conservateurs de Rome, auditeurs de Rote, votants de la signature, diacre et sous-diacre de la chapelle, maîtres des cérémonies, maître du sacré palais, camériers, avocats consistoriaux, huissiers du palais, procureurs-généraux des ordres religieux, procureurs de collége, chantres et acolytes de la chapelle, caudataires des cardinaux, massiers du palais, députation du collège germanique, ambassadeurs, nobles étrangers.
Mgr le Sous-garde-robe de Sa Sainteté, qui habite, piazza Rusticucci, 18, près Saint-Pierre, tient les Agnus enfermés dans de grandes caisses oblongues, disposées à terre, le long des parois de son oratoire privé. Chaque distribution particulière, faite sur simple présentation, est accompagnée d'une feuille imprimée en latin ou en italien, qui motive la vénération que doivent avoir les fldèles pour les Agnus et engage à avoir confiance dans leur vertu. Le texte de cette feuille a été imprimé pour la première fois, en 1752, par ordre de Benoît XIV : il se trouve au tome III de son Bullaire.
L'obtention de cette faveur est essentiellement gratuite.
VIII.Vertus des Agnus.
L'Eglise a placé les Agnus au nombre des sacramentaux, c'est-à-dire qu'elle leur attribue une vertu particulière qui répond à nos besoins tant spirituels que temporels.
Comme les autres sacramentaux, les Agnus ne peuvent pas par eux-mêmes ou, selon le langage de la théologie, ex opere operato, sanctifier l'âme de la même manière que les sacrements, mais ils le peuvent ex opere operantis, en raison des bonnes dispositions de celui qui s'en sert. Ils excitent en nous de pieux sentiments qui augmentent la charité et nous portent à devenir meilleurs ; ils effacent non-seulement les fautes vénielles et quotidiennes, mais encore la peine des péches déjà remis par la pénitence. Ils confirment en nous la douleur pour le passé coupable et développent le désir de satisfaire pour les péchés commis.
Outre cette vertu générale de favoriser la piété et d'accroître en nous les sentiments de foi, d'amour, de repentir, etc., les Agnus ont certaines vertus spéciales qu'ils tiennent des prières mêmes et de l'intention formelle du Souverain-Pontife qui les bénit et les consacre.
C'est à ces prières et aux actes pontificaux qu'il faut recourir pour savoir, de source certaine, la mesure de confiance que nous devons accorder aux Agnus et dans quelles circonstances déterminées nous pouvons les employer et en tirer avantage, soit pour notre âme, soit pour notre corps.
Les Agnus, par la représentation de l'Agneau immolé mais triomphant, nous portent à méditer sur le mystère de la Rédemption, provoquent en nous des sentiments de reconnaissance pour la bonté infinie de Dieu, nous excitent à l'aimer, le bénir, le vénérer et à chanter ses louanges.
Les Agnus confèrent ou augmentent la grâce en ceux qui s'en sont rendus dignes, favorisent la piété, dissipent la tiédeur, mettent à l'abri du vice et disposent à la vertu.
Les Agnus effacent les péchés véniels et purifient de la tache laissée par le péché, après qu'il a été remis par le sacrement de pénitence.
Ils mettent en fuite les démons, délivrent de leurs tentations et préservent de la ruine éternelle.
Ils gardent de la mort subite et imprévue.
Ils empêchent la frayeur qu'inspirent les fantômes et calment les terreurs qu'occasionnent les mauvais esprits.
Ils munissent de la protection divine contre l'adversité, font éviter le péril et le malheur, donnent la prospérité.
Ils protégent dans les combats et procurent la victoire.
Ils délivrent du poison et des embûches que tend l'homme ennemi.
Ils sont d'excellents préservatifs contre les maladies et aussi un remède efficace.
Ils combattent l'épilepsie.
Ils empêchent les ravages de la peste, de l'épidémie et de la corruption de l'air.
Ils apaisent les vents, dissipent les ouragans, calment les tourbillons et éloignent les tempêtes.
Ils sauvent du naufrage.
Ils écartent l'orage et font échapper aux dangers de la foudre.
Ils chassent les nuées qui portent la grêle.
Ils éteignent l'incendie et en arrêtent les ravages.
Ils sont efficaces contre les pluies torrentielles, les débordements des fleuves et les inondations.
Enfin, les Agnus conservent la mère et l'enfant pendant tout le temps de la grossesse et les tirent du danger au moment de la délivrance, dont ils calment et abrégent les douleurs.
IX De l'usage et de l'emploi des Agnus.
Les Agnus étant institués par l'Église pour nos besoins personnels, c'est à elle encore que nous demanderons la manière de les employer et de nous en servir.
L'énumération faite dans le chapitre précédent des nombreuses vertus de l'Agnus indique très-clairement en quelles circonstances spéciales il est à propos d'y recourir. Je me contenterai ici d'insister sur certaines règles générales et, autorisé soit par l'usage, soit par les déclarations des papes, de donner quelques conseils pratiques pour guider les personnes pieuse.
1. Un Agnus placé dans une maison préserve l'édifice et toutes les personnes qui l'habitent. Il importe alors qu'il soit mis dans un lieu décent, à l'abri de toute irrévérence.
2. On peut également le porter sur soi, suspendu au cou ou placé dans les vêlements, mais il est convenable qu'il soit enveloppé dans du métal, de la soie ou toute autre matière, qui le préserve de la souillure d'un contact et d'un frottement continuels.
Les Papes supposent qu'on le garde ou qu'on le porte, ayant soin d'ajouter immédiatement que ce doit être avec piété, vénération, dévotion et confiance, toutes dispositions commandées par le respect dû aux choses sacrées.
3. Grégoire XIII a défendu de peindre et dorer les Agnus, afin de ne pas leur ôter leur blancheur symbolique, mais il n'a nullement interdit de les placer par respect dans des cadres, des médaillons, des cassettes, etc., ornés et décorés avec art. Paul II nous en donna lui-même l'exemple : Rome a continué depuis, et c'est surtout dans les communautés que les religieuses excellent à encadrer et ornementer les Agnus avec un goût exquis.
4. L'Eglise, qui est un lieu de réunion pour tous les fidèles, peut avoir aussi ses Agnus. On en a trouvé dans les clochers, où ils avaient pour mission d'éloigner la foudre. Il importe seulement qu'on ne les place pas avec des reliques, dans un reliquaire commun, parce que, d'une part, il y a culte et de l'autre simple vénération : ceci toutefois ne doit pas s'entendre des Agnus qui contiennent de la poussière d'ossements de martyrs, car on les considère alors comme de vraies reliques. Ces Agnus, ainsi conservés dans le lieu saint, préservent l'édifice matériel et les fidèles qui s'y assemblent. L'église de Saint-François a Ripa, à Rome, en tient plusieurs constamment exposés dans des monstrances entre les chandeliers, aux autels des chapelles (1).
5. Dans un palais, un château, un grand monument, le lieu le plus convenable pour y déposer l'Agnus est la chapelle.
6. Aucune loi ecclésiastique n'empêche de toucher aux Agnus, quelle personne que ce soit, même les femmes. Il importe toutefois que cet acte soit toujours extrêmement révérencieux.
7. En voyage, sur terre et sur mer, il est sage de se faire accompagner d'un Agnus.
8. Dans les moments difficiles, ou l'on sent le besoin de recourir à son Agnus, on peut le baiser, le présenter au danger, l'appliquer sur la partie malade.
9. La meilleure prière qui puisse aider dans ces temps d'épreuve, de tentation, de danger, est celle même d'Urbain V :
(1) Sixte V, le 26 septembre 1581 , fît placer par l'évèque de Ferentino, un Agnus dans la croix de bronze qui surmonte l'obélisque élevé par ses soins au milieu de la place de Saint-Pierre. Le chapitre de la basilique se rendit processionnellement au pied de l'obélisque où l'on avait dressé un autel.
Agnus Dei, miserere mei
Qui criminel tollis, miserere nobis.
10. On a vu des fidèles plonger des Agnus dans de l'eau et boire ensuite de cette eau. D'autres fois, ils en ont détaché des parcelles pour les avaler et les prendre comme remèdes. Rien ne s'oppose à un tel usage.
11. Il en est de l'Agnus comme des autres sacramentaux, des saintes huiles, de l'eau bénite, du pain bénit, qui, quoique divisés à l'infini, conservent toujours, dans chacune de leurs parties, la bénédiction de l'Eglise et la vertu qui en est la conséquence. Les fragments d'Agnus ont donc la même propriété que les Agnus entiers.
12. Quand la nécessité l'exige, on peut sans irrévérence jeter des Agnus dans le feu ou dans l'eau. C'est avec beaucoup de circonspection, par crainte de scandale et de manque de respect, qu'on peut les employer dans les champs ou dans les étables, pour protéger les récoltes et les animaux.
13. Les Agnus n'opérant pas malgré nous et sans notre participation, il est essentiel que nous ayons confiance en leur vertu et que, pour y trouver le secours dont nous avons besoin, nous croyons sincèrement à leur efficacité. Les Papes n'ont pas cessé d'insister sur cet acte de notre volonté.
L'effet attendu pourra bien quelquefois ne pas répondre à nos désirs. Ne nous en prenons pas à l'Agnus, dont la vertu ne peut être contestée, mais à nous-même, à notre foi débile, douteuse, incertaine, à notre dévotion faible, impuissante, ou encore à une cause que Dieu nous cache à dessein.
X.Prodiges opérés par les Agnus.
Sixte V et Benoît XIV n'hésitent pas à affirmer que les Agnus ont opéré des prodiges d'un ordre surnaturel et qu'ils doivent cette vertu aux prières et aux bénédictions du pontife qui les consacre.
L'histoire ecclésiastique est pleine de faits qui viennent en confirmation de la croyance populaire et de la tradition de l'Église. Certains auteurs, comme Théophile Raynaud , Del Rio, Baldassari, etc., se plaisent à les rapporter. Je n'en citerai que quelques-uns et encore fort en abrégé, parce que tel n'est pas le but de cet opuscule.
S. Pie V distribue des Agnus aux troupes qui partent pour Lépante, et ces troupes sont victorieuses.
Le Tibre avait débordé d'une manière effrayante et ravageait plusieurs quartiers de Rome. S. Pie V fait jeter dans les eaux un Agnus et le fleuve rentre dans son lit.
En 1558, un Agnus consacré par S. Pie V est jeté dans l'Adige, et Vérone est délivrée d'une terrible inondation.
En 1585, un Agnus arrête l'incendie de Messine.
En 1690, le feu prend à la ville de Vienne. L'empereur Léopold donne un Agnus consacré par Innocent XI : à son contact les flammes s'éteignent immédiatement.
En 1691, les cardinaux s'étaient réunis en conclave au Quirinal, après la mort d'Alexandre VIII. Le feu prend au palais, dure six heures et brûle cinq chambres. On ne sait comment arrêter ses progrès. Aussitôt qu'un Agnus d'Innocent XI a été jeté au milieu des flammes, l'incendie cesse et les cardinaux émerveillés, au lieu de fuir comme ils en avaient l'intention, restent au palais apostolique. On retrouva l'Agnus intact, mais la cassette d'argent qui le renfermait avait été fondue par le feu.
 XI.Constitutions apostoliques.
Paul II, pour remédier au mal toujours croissant de la fabrication clandestine et du commerce que l'on faisait des Agnus, au grand détriment de la religion, publia, le 21 mars 1470, une constitution, en forme de bulte, qui réserve au Souverain Pontife le droit de faire, bénir et consacrer les Agnus.
En conséquence, il est défendu aux ecclésiastiques, comme aux séculiers, de faire des Agnus et consacrés ou non, de les vendre ou échanger, en public ou en particulier, lors même qu'ils seraient enchâssés dans l'or, l'argent ou des thèques précieuses.
Tous ceux qui possèdent de ces contrefaçons d'Agnus, sont tenus, sous des peines canoniques, de les remettre dans l'espace de huit jours entre les mains de l'évêque de Lésina, qui indemnisera par une quantité égale de cire ou quelque autre objet équivalent.
Les contrevenants aux prescriptions pontificales encourent l'excommunication et font punis, en outre, s'ils sont laïques, d'un an de prison, et s'ils sont clercs, de la privation de tous leurs bénéfices et offices ecclésiastiques.
Le Pape, pour motiver cette sentence sévère, énonce en passant les nombreuses vertus des Agnus, dont les fidèles se servent avec dévotion pour effacer leurs péchés, s'exciter à louer Dieu, se préserver de l'incendie, du naufrage, de la foudre, de la grêle, des tempêtes, des attaques du démon, et enfin pour procurer aux femmes enceintes une heureuse délivrance.
La bulle de Paul II, qui fut renouvelée en 1471 par Sixte IV, a été publiée par les éditeurs du Bullaire Romain.
Grégoire XIII, pour conserver aux Agnus leur blancheur symbolique et traditionnelle, publia une bulle, à la date du 25 mai 1572, dans le but d'arrêter et de prévenir lus abus.
Par cette bulle, il est défendu, sous peine d'excommunication ipso facto, de dorer, peindre ou colorier les Agnus, qui doivent rester tels qu'ils ont été consacrés par les Souverains-Pontifes. La vente, stimulée par ces ornements inconvenants, est également prohibée.
L'exécution de la constitution est confiée aux ordinaires et à leurs vicaires-généraux, spécialement chargés de la publier promptement dans leurs diocèses et de procéder contre les délinquants par des peines canoniques à leur gré, outre l'excommunication.
Cette bulle a soulevé parmi les théologiens qui l'ont commentée une double difficulté, à savoir, si tout ornement est interdit, et si la vente des Agnus est rigoureusement prohibée.
La bulle semble suffisamment claire sur le premier point il est évident que le Pape n'a entendu défendre que l'ornementation qui tiendrait à dénaturer le vrai caractère symbolique de la cire et par la superposition de l'or ou de couleurs habilement nuancées, ferait de l'Agnus un objet vénal. L'Agnus restant identiquement le même, tel qu'il est sorti des mains du pontife après la consécration, on peut sans inconvénient, et tel est l'usage général, l'encadrer, l'enchâsser, l'entourer d'or, de fleurs, etc., comme une relique, une chose sainte à laquelle on témoigne de cette manière sa vénération et son respect.
Le second point n'est pas moins clair, sinon dans le texte même, au moins par les décisions subséquentes et l'usage commun. Vendre un Agnus, en tant qu'objet bénit et consacré, serait une simonie réelle ; car ce serait estimer à un prix temporel une faveur purement spirituelle. Vendre l'entourage de l'Agnus, le cadre, la cassette qui le renferment n'est pas une action simoniaque ; cette ornementation accessoire a un prix réel qui peut être apprécié et au même titre se vendent tous les jours des calices, des patènes, etc. Bien entendu le prix n'atteint que la valeur matérielle ou artistique de l'objet, l'Agnus même n'étant compté pour rien dans le marché.
Quelques théologiens pensaient que Grégoire XIII ne prohibait pas la vente des Agnus en général, mais seulement celle des Agnus peints ou dorés et la question se réduisait à ceci : les Agnus. étant composés de cire et la cire ayant une valeur matérielle, peut-on, abstraction faite de la bénédiction et de la consécration, vendre cette cire au taux de la cire ordinaire ? Ceux qui pencheraient pour l'affirmative seront bientôt détrompés par les édits des cardinaux-vicaires qui, par ordre des Papes, ont interdit ce genre de commerce. Quoique ces édits ne concernent que Rome, nous ne croyons pas que l'on puisse avoir une régle de conduite plus sûre hors de Rome et qui réponde mieux aux intentions du Saint-Siége. D'ailleurs, les Agnus sont distribués gratuitement par les Souverains-Pontifes. Pourquoi ne se transmettraient-ils pas de même ? Puis tout bien considéré, il entre une si petite quantité de cire dans la confection de chaque Agnus, que la vente de cet objet pieux produirait un résultat aussi mesquin que ridicule.
La bulle de Grégoire XIII a été renouvelée et confirmée par Clément XI, en 1716.
La confection des Agnus fut longtemps réservée au Palais pontifical sous la surveillance du Sous-diacre apostolique et plus tard du sacriste de Sa Sainteté.
Quelques abus décidèrent Clément VIII à retirer ce privilége aux serviteurs du palais, et pour que les choses saintes fussent traitées saintement, à le concéder aux Feuillants qui habitaient alors le monastère de Sainte-Pudentienne.
Léon XI, satisfait du résultat obtenu, maintint la décision de son prédécesseur.
Enfin Paul V, par bref du 28 mars 1608, établit définitivement les Feuillants de Sainte Pudentienne et de Saint-Bernard, à l'exclusion de tous autres, dans la possession et le droit de faire à perpétuité les Agnus nécessaires au Souverain-Pontife, sous la responsabilité du général de l'Ordre qui peut choisir pour cela parmi ses religieux qui bon lui semble.
Les Feuillants ayant cessé d'exister à Rome, le privilége a passé aux religieux Cisterciens de Sainte-Croix de Jérusalem, qui, comme eux, suivent la règle de Saint-Benoît avec les constitutions propres de Saint-Bernard ou de Citeaux.
Le Bullaire Romain reproduit le bref de Paul V.
XII. Édits du Vicariat de Rome.
Le Vicariat de Rome, à plusieurs époques, entre autres sous Clément XI et Benoît XIV, pour prévenir tout désordre et scandale, a pris des mesures sévères au sujet des Agnus.
Il déclare que vendre les Agnus, une fois qu'ils ont été consacrés, c'est commettre le péché de simonie, lors même que le vendeur n'aurait l'intention que d'en retirer le prix de la cire.
Toute vente demeurant expressément prohibée et toute exposition pour vendre étant formellement interdite chez les marchands, tous ceux qui volontairement et sciemment enfreignent la loi promulguée, sont passibles, outre les peines qu'encourent ipso facto les simoniaques, quels qu'ils soient, de toutes autres peines corporelles, telles que l'exil, les galères, l'amende, au gré de Sa Sainteté.
Des peines très-sévères sont édictées contre ceux qui fabriquent des Agnus, en vendent sciemment de faux et altèrent par malice le nom ou le chiffre du Pape empreints sur les Agnus consacrés.
Je ne citerai que l'édit de 1716, publié par ordre de Clément XI.
« Ediclum quo Sacrarum Reliquiarum sacrarumquc formarum Agnus Dei nuncupatarum venerationi consulitur.»
Nicolas, par la miséricorde divine, archevêque de Capoue, prêtre de la sainte Église Romaine, du titre des SS. Sylvestre et Martin aux Monts, cardinal Caracciolo, pro-vicaire général de N. S. Père le Pape, etc.
Sa Sainteté voulant, en raison de son zèle apostolique, pourvoir en faveur des reliques sacrées des Saints, qui furent les membres vivants du Christ et le temple du Saint-Esprit, ainsi que des cires bénites et consacrées avec le saint chrême par les Souverains-Pontifes, que l'on nomme, communément Agnus Dei, au maintien du respect et de l'honneur qui leur sont dûs et aussi enlever tous les abus, conformément à la disposition des saints canons et du concile de Trente, dans la session 25 de invocatione et veneratione et reliquiis Sanctorum, aux constitutions apostoliques et aux édits spéciaux émanés autrefois par ordre des Souverains Pontifes, particulièrement de Pie V et de Clément VIII de sainte mémoire, qu'Elle confirme, innove et étend.
Sa Sainteté ordonne pareillement et commande expressément que personne ne soit assez hardi et présomptueux pour peindre, colorier ou faire peindre et colorier, de quelque couleur que ce soit, ou même dorer les Agnus Dei bénits et ainsi ornés, de les vendre, ou les retenir pour vendre sous peine d'excommunication ipso facto, fulminés par la bulle de Grégoire XIII, de sainte mémoire, et autres peines réservées à notre gré, voulant que tous avec décence les tiennent, portent et gardent blancs et sans tache, comme représentant l'innocent et divin Agneau dont ils portent l'image imprimée.
Paul V, de sainte mémoire, par sa bulle qui commence Romanum licet Pontificem, a confié aux seuls moines de Saint-Bernard et de Sainte-Pudentienne le soin sacré de faire les Agnus ou de les renouveler, s'ils sont brisés, avec les moules que l'on conserve au Palais apostolique. En conséquence, que personne n'ose retenir et fabriquer de faux moules ou faire des Agnus Dei faux ou de quelque manière que ce soit donner à la cire la forme l'Agnus, sous peine, si le délinquant est homme, d'encourir dix ans de galères, et pour les femmes dix ans de prison et le fouet.
Encourre la même peine quiconque distribuera sciemment des Agnus Dei faux, comme s'ils étaient vrais ou bénits, débitera sciemment des reliques fausses ou commettra le vol sacrilége de reliques sacrées et d'Agnus Dei bénits, changera ou altérera malicieusement le nom ou chiffre du Souverain Pontife empreints sur chaque Agnus bénit.
Sa Sainteté renouvelle également, en cette matière sainte et religieuse, les peines portées par les saints canons contre les simoniaques, et outre les peines ci-dessous indiquées, veut et commande qu'aucun orfèvre, fabricant de reliquaire ou de quelque autre métier ou profession, regrattier ou revendeur, ou autre personne de quelque état, grade ou condition, ose publiquement ou en particulier, vendre, faire vendre ou tenir pour vendre dans sa maison, boutique, devanture de magasin ou ailleurs, de sacrées reliques, de quelque espèce qu'elles soient, ou des Agnus Dei et pas même leurs plus petites parcelles, lors même qu'elles seraient renfermées et scellées dans des croix, images, statues, urnes, chapelets, reliquaires ou autres ornements semblables de quelque sorte qu'ils soient, encore moins de les exposer en vente dans les rues, places, foires, marchés, chambres à louer, portiques des églises, couvents et autres lieux publics, mêlés à d'autres objets exposés en vente. On leur permet seulement d'avoir dans leurs maisons, boutiques ou devantures et dans les lieux susdits, les simples ornements, à l'effet de les vendre comme tels, dans lesquels on les placera, mais avec un espace ou un médaillon vides, a l'effet de les vendre sans reliques ni Agnus.
Pour la commodité publique des fidèles et la conservation des choses sacrées, on permettra, avec notre autorisation qui s'accordera gratis, aux fabricants de reliquaires que connaîtra le custode soussigné des saintes reliques et que nous approuverons ou qu'approuvera Monseigneur Vice-gérant, de placer dans des ornements décents les reliques qui leur seront distribuées pareillement gratuitement par notre custode ou par Monseigneur le Sacriste du Palais apostolique, et de vendre, comme ci-dessus, la pure valeur des ornements : et aussi d'arranger les reliques et les Agnus Dei qui leur seront portés par des particuliers pour leur usage et de les garder dans leurs boutiques jusqu'à ce qu'ils soient arrangés et qu'ils les rendent à leurs propriétaires sans pouvoir jamais les tenir en montre, garnis ou non garnis comme il est ordonné Finalement pour l'exacte observation de cet édit, Sa Saintelé commande qu'il soit inviolablement exécuté par tous, de quelque état, grade ou condition et sexe qu'ils soient, ecclésiastiques séculiers ou réguliers, même dignes de mention spéciale, sous peine de deux cents écus d'or à appliquer à des usages pieux, réservant le quart à l'accusateur dont le nom sera tenu secret, de la prison, de l'exil et même des galères, selon la qualité des transgressions et des personnes ; et pour les réguliers, sous peine de privation de voix active et passive et autres peines corporelles à notre gré, ou la confiscation des reliques, Agnus Dei et leurs ornements. Et l'on procédera encore par inquisition, ou tout autre moyen plus avantageux à la Cour sur chacun des paragraphes susdits. Après trois jours à dater de la publication et de l'affichage aux lieux accoutumés, l'édit atteindra tout le monde, comme s'il avait été personnellement intimé à chacun.
Donné à Rome en notre résidence accoutumée, le 14 octobre 1716.
N. Card. Caracciolo, pro-vicaire.
M. A. Chanoine Boldetti , custode des Saintes Reliques.

XIII.Agnus contenant des reliques de saints.
Benoit XIV parle, dans un passage de son Traité de la canonisation des saints, d'un Agnus contenant des reliques de saint Gaétan : Allatus est, ut vocant, Agnus Dei inquo beati Cajetani reliquise contineri dicebantur.
J'ignore si des faits analogues se sont renouvelés souvent. Toujours est-il qu'ils n'ont pas dù être fréquents, car aucun auteur, parmi ceux qui ont spécialement traité la question des Agnus, n'y fait allusion. De nos jours, je n'ai point eu connaissance de rien de semblable, au moins pour des reliques de saints dont les noms soient inscrits au Martyrologe ou jouissent d'une certaine renommée.
Mais voici ce qui se pratique actuellement et daterait, parait-il, d'une époque déjà reculée. Parmi les martyrs trouvés dans les catacombes de Rome et exhumés par les soins du Vicariat pour être exposés dans les églises à la vénération publique, il en est quelquefois qui n'ont pas de nom et dont les ossements sont réduits en poussière.
C'est cette même poussière, vraie relique, qui, pieusement recueillie, est ensuite mêlée à la cire, à laquelle elle donne une couleur jaunâtre et foncée, pour former ce qu'on appelle en conséquence : Pâte de martyrs.
Les Agnus ainsi composés ont donc la double valeur que leur communiquent à la fois les reliques qu'ils renferment et la bénédiction qu'ils reçoivent des mains du Souverain-Pontife. Aussi les tient-on en plus grande estime et leur rend-on un culte spécial.
La poussière d'ossements de martyrs leur tenant lieu de consécration, ils ne sont pas plongés comme les autres Agnus dans le bain d'eau bénite.
En même temps que ces Agnus en pâte de martyrs sont donnés aux fidèles qui en font pieusement la demande, Mgr le Sous-garde-robe du Palais apostolique leur remet sur un feuillet imprimé tout ce qu'il importe de savoir et de faire relativement à cette pâte sacrée. Voici le texte de ce feuillet :
DE RITU ET USU CEREARUM VULGO PASTE DE' SS. MARTIRi;
Cerx eadem forma qua Agnus Dei, obscuro tamen colore, qux a primis Ecclesise sœculis a Summo Pontifwe donantur fidelibus, vulgo Paste de' SS. Martiri nuncupantur, cum cereis paschalibus et puluere ex ossibus SS. Martyrum conficiuntur : et ideo tatiquam sacrx Reliquise fxdelium utilitati in Ecclesia Dei magna veneralione asservantur et habentur.
XIV. De la valeur des Agnus dans les causes de
béatification et de canonisation.
Quand il s'agit d'introduire ou de poursuivre une cause de béatification et de canonisation, une discussion sérieuse s'établit sur les miracles opérés par l'intercession du serviteur de Dieu ou du bienheureux.
Or il est arrivé que certains miracles, dans les causes de saint Gaétan et de saint Pie V et du vénérable Innocent XI, ont eu lieu par suite de l'application d'Agnus on contenant des reliques ou consacrés par ces deux Souverains Pontifes. La difficulté soulevée en pareille circonstance est celle-ci : A qui faut-il raisonnablement attribuer le miracle en question, ou à la vertu de l'Agnus ou à l'intercession du personnage en cause ?
Benoît XIV, avec sa science et sa sagacité ordinaires, a tranché le doute de la manière la plus satisfaisante. Telle est en substance son raisonnement : l'Agnus a certainement une grande valeur, mais il ne produit pas de miracles proprement-dits ; ce sont plutôt des grâces spéciales, des faveurs extraordinaires, un secours éminemment utile. Il n'appartient qu'aux saints de se signaler par de vrais miracles. Il en est des Agnus comme de la messe que les dispositions du célébrant peuvent rendre plus fructueuse. La sainteté des Papes qui les ont consacrés a donc pu augmenter leur vertu, et les fidèles en sont tellement persuadés que ce sont ceux qu'ils recherchent davantage. Les circonstances seules du miracle consignées dans le procès apostolique peuvent faire connaître si c'est véritablement aux Agnus ou à une cause étrangère qu'il faut reporter le miracle. Or, dans les trois cas que cite le savant pontife, le miracle provient directement, non pas de l'Agnus qui ne remplit ici qu'un rôle secondaire et accessoire, mais soit à la présence des reliques de saint Gaétan, soit à l'invocation spéciale du B. Pie V ou du vénérable Innocent XI. Pour que le miracle prouvât complètement en faveur de l'Agnus, il faudrait que seul il figurât dans le procès, tandis qu'il est certain qu'une cause plus puissante, déterminante, s'ajoute là où l'insuffisance réelle du sacramental est pleinement constatée.
J. Bertondelli a consacré un opuscule tout entier à relater les prodiges opérés par les Agnus sortis des mains du vénérable Innocent XI. Les faits rapportés datent de 1690 et 1691, mais on voit par le récit même que l'intercession spéciale du pontife est, sinon la seule cause du prodige, au moins la cause principale et la plus efficace.
Sœur Marie Joseph, Clarisse, guérit de fièvres continues après avoir, trois jours de suite, et à jeun, pris quelques parcelles d'Agnus.
Sœur Eléonore Séraphine est délivrée du mal de dents par l'absorption d'un fragment d'Agnus.
Jérôme Ceschi est préservé de la mort et guéri de ses blessures par la présence d'un Agnus qu'il portait sur lui, à la suite d'une chute de cheval.
Le Père Gilles, franciscain, trois jours consécutifs, prend de l'Agnus : ses fièvres disparaissent.
Une femme enceinte fait deux chutes mortelles : par la vertu de l'Agnus elle accouche heureusement.
Le prêtre Jérôme Bertondelli, se sentant frappé de cécité et ne pouvant plus dire la messe, fait le signe de la croix sur ses yeux avec un Agnus et recouvre la vue.
Une jeune mère se guérit d'une douleur au sein, en avalant de l'Agnus. Elle rend la santé par le même moyen à son fils malade de la fièvre et d'une tumeur au cou.
Marie del Prato, enfant de six ans, voit la fièvre cesser au troisième jour où elle avait commencé à prendre de l'Agnus.
Madeleine Dordi est délivrée d'un accouchement très-laborieux par une triple potion d'eau bénite dans laquelle elle a mis des morceaux d'Agnus.
L'application de l'Agnus sur les parties malades guérit un enfant d'hydropisie et Marguerite Alpruna d'une enflure du genou compliquée de fièvre.
Une religieuse aveugle fait le signe de la croix avec un Agnus sur ses yeux qui retrouvent aussitôt la lumière.
XV.Lettres pontificales accompagnant l'envoi d'Agnus à de hauts personnages.
Les Papes, à toutes les époques, ont envoyé des Agnus aux souverains, ainsi qu'à de hauts personnages, en témoignage d'amitié et pour leur faire un cadeau qui fût à la fois agréable et utile. Plusieurs lettres pontificales qui accompagnèrent ces envois, nous ont été conservées. Je n'en publie que deux, mais d'autant plus volontiers qu'elles expriment des sentiments fort touchants et très-propres à exciter la dévotion ; d'ailleurs elles énoncent à merveille les vertus que l'Eglise attribue à l'emploi des Agnus.
La première lettre écrite, en vers latins dont l'hémistiche rime avec la finale, date du XIVe siècle. Elu pape à Avignon en 1362, Urbain V ne vint à Rome qu'en 1366. Ce fut dans cette dernière ville qu'il reçut l'empereur de Constantinople Jean Paléologue, à qui il envoya, quand il fut de retour dans sa capitale, trois Agnus qu'accompagnaient ces onze vers d'une facture si gracieuse et pleine de poésie.
« Balsamus et munda cera cura chrismatis unda
Conficiunt Agnum, quod munus do tibi magnum
Fonte velut natum per myslica sanclificatum.
Fulgura desursum depellit et omne malignum.
Peccatum frangit ceu Christi sanguis et angit.
Prœgnans servatur simul et parius liberalur.
Munera fert dignis, virtutem destruit ignis.
Portatus munde de fluclibus eripit unda;.
Morte repentina servat Salanaeque ruina.
Si quis honorat eum retinet super hoste trophaeum..
Parsque minor tanlum iota valet integra quantum.
Agnus Dei, miserere mei
Qui crimina lollis, miserere nobis.
Bar-Ie-Duc. -- Imprimerie Contant-Laguerre.
Source : Livre "De la dévotion aux Agnus Dei" par Xavier Barbier de Montault



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